La guerre secrete multinationale de la CIA en Syrie et le chaos islamiste  (1ère partie)

Le mythe de l’« inaction » militaire occidentale contre le régime syrien

Ces derniers mois, le secrétaire à la Défense Ashton Carter et le général Lloyd Austin – qui dirige les opérations du Pentagone au Moyen-Orient et en Asie centrale –, ont tous deux reconnu l’échec du programme de formation de rebelles « modérés » pour lutter contre Daech en Syrie. Monsieur Carter a d’abord affirmé devant le Congrès des États-Unis que seulement 60 combattants avaient été formés dans le cadre de cette opération, lancée en 2014 et budgétée à hauteur de 500 millions de dollars ; (1) puis le général Austin a estimé que seuls « 4 ou 5 » hommes entraînés par les militaires états-uniens étaient alors actifs sur le terrain. (2) À la suite d’un ultime revers, ce programme d’entraînement a été « suspendu » puis « réduit » en octobre 2015. (3) La presse internationale est donc unanime sur l’échec de cette politique. Néanmoins, il est possible que les chiffres ridicules avancés par le Pentagone aient eu un impact majeur sur l’opinion publique mondiale, que cet effet soit recherché ou non. En d’autres termes, ils ont certainement contribué à renforcer le mythe de l’« inaction » militaire des États-Unis et de leurs alliés occidentaux pour renverser Bachar el-Assad. (4)

Par Maxime CHAIX

Or, bien que les puissances de l’OTAN et leurs alliés n’aient pas lancé de guerre ouverte contre ce régime, je vais analyser l’implication massive, illégale et clandestine de la CIA dans la déstabilisation de la Syrie, cette politique profonde ayant mobilisé différents services spéciaux moyen-orientaux et occidentaux. (5) Aujourd’hui, nous n’avons aucune idée précise de l’ampleur de cette intervention de l’Agence dans cette guerre civile. Cependant, d’après un article du Washington Post publié en juin 2015, la CIA a mené depuis 2013 contre le régime el-Assad « l’une [de ses] plus grandes opérations clandestines », dont le financement annuel avoisine le milliard de dollars. (6) D’après ce journal, cette intervention secrète – qui aurait notamment permis de former 10 000 rebelles –, s’inscrit dans un « plus vaste effort de plusieurs milliards de dollars impliquant l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie », c’est-à-dire les trois États notoirement connus pour soutenir les factions extrémistes en Syrie. (7) Bien qu’il ait officiellement démarré à l’automne 2013, (8) nous verrons que l’engagement de la CIA dans ce pays avait été lancé en janvier 2012, et qu’il trouve ses origines profondes en 2011, dans le contexte trouble de la guerre de l’OTAN en Libye. (9) Ainsi, je décrirai ce qui s’apparente à une guerre secrète multinationale contre le régime syrien, les opérations de la CIA et de ses alliés étant distinctes du programme lancé en 2014 par le Pentagone afin de former des combattants pour lutter contre Daech. (10)

L’objectif de cet article n’est pas de défendre le régime el-Assad et ses soutiens étrangers, qui partagent une lourde responsabilité dans cette guerre civile meurtrière. (11) Néanmoins, je souhaite démontrer que les principales puissances occidentales – essentiellement les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France –, en sont militairement coresponsables du fait de leurs politiques profondes en Syrie. (12) Le but de cet article n’est pas non plus d’établir une vérité historique encore impossible à déterminer. En effet, j’étudierai essentiellement des opérations clandestines, qui sont protégées par le secret-défense et qui ne sont en principe pas revendiquées par les États qui en sont à l’origine. Or, ces actions confidentielles font parfois l’objet de fuites dans la presse, ou de confirmations officielles plutôt rares et bien souvent imprécises. Ainsi, en me basant sur des informations recoupées, je tenterai de démontrer que l’« inaction » militaire occidentale contre le régime syrien est un mythe entretenu par les médias (13) et les États clandestinement engagés dans ce conflit. Ce mythe déresponsabilise ces gouvernements, puisqu’il leur permet de nier, de déformer ou de minimiser l’ampleur de leurs interventions secrètes dans cette guerre civile (14) – notamment en rejetant la faute de l’essor de Daech et d’al-Qaïda en Syrie sur leurs alliés turcs et pétromonarchiques. Du fait du caractère confidentiel de leurs opérations, mon article relèvera de la « Politique profonde », telle que définie par l’auteur et ancien diplomate Peter Dale Scott : l’étude de « l’ensemble des pratiques et des dispositions politiques, intentionnelles ou non, qui sont habituellement refoulées dans le discours public plus qu’elles ne sont admises. » (15)

Malgré sa clandestinité et la confusion qui en résulte, je tenterai de démontrer en quoi cet engagement massif de la CIA et de services spéciaux alliés dans la déstabilisation de la Syrie pourrait être considéré comme une guerre secrète de grande ampleur, à l’image des politiques profondes de l’Agence au Nicaragua et en Afghanistan dans les années 1980. Et j’expliquerai en quoi cette intervention de la CIA et de ses partenaires a favorisé la montée en puissance de réseaux islamistes que l’Occident est censé combattre, parmi lesquels Daech et le Front al-Nosra, c’est-à-dire la branche syrienne d’al-Qaïda. Mais avant de développer ces arguments, analysons pourquoi le rôle des États-Unis et de leurs alliés occidentaux dans la guerre en Syrie est refoulé, déformé ou minimisé – donc globalement incompris.

Derrière l’« inaction » occidentale, une guerre secrète à grande échelle

Le 21 août 2013, la Ghouta de Damas est frappée par une attaque chimique faisant des centaines de morts, la « ligne rouge » décrétée par le Président Obama en 2012 étant tragiquement franchie. Affirmant détenir des preuves de la culpabilité du régime de Bachar el-Assad, Obama annonce une intervention militaire « punitive » et « limitée », qui aurait en fait été planifiée par son état-major pour être une « frappe monstrueuse ». (16) L’année suivante, une étude du prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT) montrera que les tirs de roquettes chimiques provenaient d’une zone contrôlée par les rebelles. (17) Cette même année, le grand reporter Seymour Hersh relayera les accusations d’un haut responsable du Renseignement états-unien, qui affirma sous couvert d’anonymat que les services spéciaux turcs, via le Front al-Nosra, auraient perpétré cette attaque chimique pour susciter une intervention militaire directe des États-Unis et de leurs alliés contre le régime el-Assad. (18)

Malgré le franchissement de sa « ligne rouge », le Président Obama décida au dernier moment  de demander l’approbation du Congrès pour lancer ces frappes, (19) ce vote ayant été repoussé puis annulé du fait de l’initiative russe de désarmement chimique. En analysant ce revirement, le spécialiste de la Syrie Fabrice Balanche expliqua que l’opposition frontale de la Russie à cette intervention aurait incité Washington à renoncer à attaquer directement le régime el-Assad. (20) Seymour Hersh affirma quant à lui qu’Obama fût dissuadé par son état-major de déclencher les hostilités, ces généraux craignant un embrasement généralisé du Moyen-Orient en cas d’intervention. (21) Quelles qu’en soient les raisons, ce recul présidentiel a renforcé de facto la perception erronée du rôle de l’Occident dans le conflit syrien, puisque les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne ne sont pas intervenus directement, c’est-à-dire ouvertement, dans cette guerre civile.

Or, quelques jours après le revirement d’Obama annoncé le 31 août 2013, le Washington Post rapporta que les services spéciaux des États-Unis « commençaient » à armer les rebelles en Syrie, ce qui était en fait le cas depuis janvier 2012. (22) Néanmoins, les déclarations contradictoires sur la nature « létale » ou « non-létale » du soutien accordé aux rebelles « modérés » se succèderont, semant le trouble dans l’opinion publique et les médias. (23) Quoi qu’il en soit, l’option de l’intervention militaire directe fut abandonnée au profit de l’intensification d’une guerre secrète multinationale, qui trouve ses origines en 2011. (24)

Depuis cette année-là, Washington et ses partenaires occidentaux ont pu dissimuler l’ampleur réelle de leur engagement clandestin dans ce qui est devenu l’échiquier géopolitique syrien. J’ai détecté trois principales raisons expliquant pourquoi cette guerre secrète de la CIA et de ses alliés contre le régime el-Assad est incomprise, refoulée ou ignorée.

  1. La clandestinité, donc la confidentialité 

Coordonnées depuis des États limitrophes (Jordanie et Turquie), (25) et impliquant de nombreux pays hostiles à Bachar el-Assad, (26) les activités de la CIA visant la Syrie sont peu et mal documentées. Le fait qu’elles soient classifiées empêche les dirigeants états-uniens d’en exposer les détails, comme l’avait rapporté le Guardian en 2014. (27) Leur caractère clandestin est donc une source majeure de confusion, puisque les médias manquent d’informations et les responsables à Washington en parlent peu, et de façon imprécise ou trompeuse. (28) Il en va de même en France et en Grande-Bretagne. (29)

Des sources autorisées, dont Hillary Clinton, ont affirmé que le Président Obama avait refusé d’armer les rebelles en 2012, (30) passant sous silence les trafics d’armes clandestins de la CIA lancés en janvier de cette année-là avec le Qatar, la Turquie, l’Arabie saoudite et le MI6 britannique. (31) Comme nous le verrons, ces opérations illégales de l’Agence se sont intensifiées en 2013, et elles ont approvisionné « presque exclusivement » des factions jihadistes. (32) Plus récemment, le sénateur John McCain a confirmé que la CIA était active en Syrie, mais il n’a donné aucun détail sur ces opérations. (33) D’autres sources gouvernementales de haut niveau, comme le Vice-président Joe Biden ou l’ancien chef d’états-majors interarmées Martin Dempsey, (34) ont désigné leurs alliés moyen-orientaux comme les financeurs des extrémistes sur le territoire syrien, omettant le fait que la guerre secrète de la CIA dans ce pays a impliqué jusqu’à présent (35) ces mêmes partenaires. Enfin, l’une des principales sources de confusion a été le Président Obama lui-même, puisqu’il a publiquement mis en doute l’efficacité des politiques de la CIA visant à soutenir clandestinement les insurrections – donnant ainsi la fausse impression de ne pas avoir lancé de guerre secrète contre el-Assad en Syrie. (36)

Il s’avère également que, depuis 2012, la plupart des articles de presse ont décrit une intervention limitée et inefficace de l’Agence. (37) Or, tout en alimentant cette notion d’« inefficacité », le Washington Post a révélé en juin 2015 que le coût annuel des opérations de la CIA en Syrie s’élevait à environ un milliard de dollars depuis 2013, et qu’au moins 10 000 rebelles auraient été formés par l’Agence. (38) En septembre 2014, des journalistes de McClatchyDC.com estimaient qu’environ 40 000 combattants étaient alors soutenus par les États-Unis et leurs alliés, en se basant notamment sur des informations du principal commandant de l’Armée Syrienne Libre (ASL). (39) Toujours d’après le Washington Post, ce programme clandestin de la CIA est cofinancé par un nombre indéterminé de milliards de dollars supplémentaires fournis par ses alliés turcs, saoudiens et qataris, qui soutiennent notoirement des groupes jihadistes sur le terrain. (40) Ces informations, que nous étudierons en détail, ne peuvent que bouleverser notre perception de l’engagement des États-Unis et de leurs partenaires dans la guerre en Syrie, et c’est le principal objectif de cet article.

Notes

  1. « Les États-Unis n’entraînent qu’une soixantaine de rebelles syriens», LeMonde.fr avec AFP et Reuters, 08 juillet 2015. Bien que ses auteurs n’en aient probablement pas eu l’intention, le titre de cet article donne l’impression que les États-Unis n’ont formé qu’une soixantaine de rebelles pour combattre en Syrie. Nul doute que les innombrables articles publiés à travers le monde sur le fiasco de cette opération du Pentagone ont renforcé cette perception erronée. Or, je démontrerai que l’engagement clandestin de la CIA et de ses partenaires en Syrie a été à la fois massif, trouble et illégal, et qu’il pourrait s’apparenter à une véritable guerre secrète multinationale.
  2. « Seulement “4 ou 5” rebelles formés par les Américains combattent », LeProgres.fr avec AFP, 16 septembre 2015. Ce titre est encore plus trompeur que le précédent. Détail intéressant : en fin d’article, on peut lire que « [l]a CIA anime parallèlement un programme clandestin d’entraînement de rebelles en Syrie ». Dans la plupart des récits médiatiques sur l’échec de cette opération du Pentagone, soit le vaste programme clandestin de la CIA n’est pas mentionné, soit il est brièvement évoqué, comme s’il s’agissait d’un détail insignifiant dans la guerre civile syrienne.
  3. « Syrie: le Pentagone réduit son programme d’entraînement de rebelles», BFMTV.com avec AFP, 9 octobre 2015 : « Les États-Unis ne vont plus essayer d’entraîner des groupes syriens anti-État islamique mais se concentrer sur la fourniture d’équipement et d’armes à des chefs de groupes rebelles triés sur le volet, selon un responsable américain du ministère de la Défense. »
  4. Armin Arefi, « Les forces en présence sur le territoire syrien», LePoint.fr, 17 septembre 2015. Dans cet article, la CIA et les services spéciaux occidentaux ne sont pas même évoqués parmi « les forces en présence sur le territoire syrien ». Nous verrons que de nombreuses autres sources refoulent ou minimisent cette intervention clandestine multinationale de la CIA, dont des médias importants et des hauts responsables à Washington.
  5. Par « alliés moyen-orientaux » de la CIA, je fais essentiellement référence à l’Arabie saoudite, au Qatar, à la Turquie et à la Jordanie. Comme je le montrerai, ces deux derniers pays abritent chacun un centre de commandement des opérations multinationales de l’Agence, également appelé « salle d’opérations » (« operations room»). Et nous verrons que l’Arabie saoudite et le Qatar, avec la Turquie, ont été les principaux soutiens financiers et militaires des factions extrémistes en Syrie. Le Mossad est également actif dans cette guerre secrète multinationale, mais son rôle est plus discret que celui de la CIA et de ses partenaires. Il semblerait notamment que les services israéliens aient joué un rôle crucial dans les activités de collecte de renseignements de l’Agence en Syrie (Joseph Fitsanakis, « US spy agencies turn to Israel, Turkey, for help in Syria war», IntelNews.org, 24 juillet 2012). En revanche, l’armée israélienne a joué un rôle nettement plus visible dans ce conflit, à l’instar de l’armée turque. Voir notamment Robert Parry, « Should US Ally with Al Qaeda in Syria? », ConsortiumNews.com, 1er octobre 2015 : « [Branche syrienne d’]al-Qaïda, le Front al-Nosra a également bénéficié d’une alliance de facto avec Israël, qui a soigné des combattants d’al-Nosra pour les renvoyer ensuite combattre dans la zone du plateau du Golan. Israël a également mené des frappes aériennes en Syrie afin de soutenir les avancées d’al-Nosra, tuant notamment des conseillers du Hezbollah ou de l’Iran qui aidaient le gouvernement syrien. »

Par « alliés occidentaux » de la CIA, je désigne principalement les services spéciaux français et britanniques. Avec l’Agence, ils ont joué un rôle actif dans la déstabilisation de la Syrie, notamment dans la formation des rebelles (Julian Borger et Nick Hopkins, « West training Syrian rebels in Jordan », TheGuardian.co.uk, 8 mars 2013). Néanmoins, d’autres pays européens pourraient être impliqués dans ces opérations (Tolga Tanış, « There are 50 senior agents in Turkey, ex-spy says », HurriyetDailyNews.com, 16 septembre 2012). Dans la « salle d’opérations » multinationale basée en Jordanie, des officiers de services spéciaux et d’armées de près de 14 pays ont été recensés par un journal émirati à la fin de l’année 2013 (Phil Sands et Suha Maayeh, « Syrian rebels get arms and advice through secret command centre in Amman », TheNational.ae, 28 décembre 2013).

Enfin, par « services spéciaux », je ne signifie pas uniquement des services secrets, tels que la CIA ou le MIT, mais également des forces spéciales ou d’autres éléments militaires qui sont clandestinement impliqués dans cette guerre secrète. C’est le cas du JSOC, qui est le commandement des opérations spéciales du Pentagone (David S. Cloud et Raja Abdulrahim, « Update: U.S. training Syrian rebels; White House ‘stepped up assistance’ », LATimes.com, 21 juin 2013). Les forces spéciales britanniques et françaises sont également engagées dans cette guerre secrète (Borger et Hopkins, « West training Syrian rebels in Jordan »).

  1. Greg Miller et Karen DeYoung, « Secret CIA effort in Syria faces large funding cut», WashingtonPost.com, 12 juin 2015. Remarque importante : dans l’immense majorité des récits sur l’intervention de la CIA en Syrie, l’action de l’Agence est décrite comme « inefficace » et d’ampleur limitée (Voir par exemple Ben Hubbard, « Warily, Jordan Assists Rebels in Syrian War», NYTimes.com, 10 avril 2014). Or, l’importance de cet article du Washington Post réside dans le fait que, contrairement à ce qui était unanimement affirmé dans la presse, cet engagement de la CIA en Syrie n’est pas « limité » mais massif, et qu’il entre dans le cadre « d’un plus vaste effort de plusieurs milliards de dollars impliquant l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie » – c’est-à-dire les trois États notoirement connus pour soutenir les factions extrémistes en Syrie (cf. la note suivante).
  2. Ibidem (accentuation ajoutée). Sur la création et le soutien, par l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, d’une coalition de groupes islamistes comprenant al-Qaïda comme l’une de ses principales forces, voir Luc Mathieu, « Syrie : l’Armée de la conquête sur le chemin de Damas», Liberation.fr, 14 mai 2015 ; « General Dempsey aknowledges U.S. Arab allies funding ISIS», CSPAN.org, 20 septembre 2014 : « Sénateur Lindsey Graham : “Connaissez-vous un allié arabe de premier plan qui embrasse la cause de l’EIIL [, c’est-à-dire Daech] ?” Général Martin Dempsey : “Je sais que des alliés arabes de premier plan les financent…” » ; Éric Leser, « Sans la Turquie, Daech n’existerait pas », Slate.fr, 2 août 2015 ; « Le Qatar : “valet des Américains” ou “club Med des terroristes” ? », entretien avec Fabrice Balanche, Challenge.fr, 15 janvier 2015 : « [L]e Qatar a financé le Front Al-Nosra (ou Nosra) jusqu’à la scission intervenue en avril 2013. L’organisation, rattachée à Al-Qaïda, est pourtant inscrite sur la liste terroriste des États-Unis depuis le 20 novembre 2012 et la déclaration d’Hillary Clinton. Après la scission en avril 2013 – autrement dit la séparation entre Nosra dirigé par le syrien Al-Joulani et l’État islamique (EI) conduit par l’irakien al-Baghdadi – le Qatar a choisi de soutenir l’EI contrairement à l’Arabie Saoudite qui continue de financer Nosra. Néanmoins, la réalité est bien plus complexe encore. Si l’EI est une organisation soudée et structurée, les groupes de Nosra, bien qu’ils prêtent tous allégeance, semblent bien plus autonomes. Ainsi, le Qatar peut être également amené à financer un groupe de combattants se revendiquant de Nosra pour un intérêt particulier. De même, il existe différents clans en Arabie Saoudite, qui est loin d’être un royaume monolithique. Ces familles soutiennent aussi bien Nosra que l’EI » (accentuation ajoutée) ; etc.
  3. Selon Vox.com et d’autres sources, l’« ordre secret » d’armer les rebelles a été approuvé en avril 2013, mais l’approvisionnement en armes et les entraînements se seraient concrétisés en septembre 2013, après qu’Obama eut repoussé l’intervention militaire directe en Syrie (Max Fisher et Johnny Harris, « Syria’s war: a 5-minute history», Vox.com, 14 octobre 2015). En septembre 2013, le Washington Post avait rapporté que les États-Unis commençaient à armer les rebelles, sans évoquer l’« ordre secret » d’Obama rapporté par Vox.com (Ernesto Londoño et Greg Miller, « CIA begins weapons delivery to Syrian rebels», WashingtonPost.com, 11 septembre 2013). En réalité, la CIA et le MI6 ont clandestinement armé les rebelles en Syrie depuis au moins janvier 2012, mais essentiellement via la logistique et les financements du Qatar, de la Turquie et de l’Arabie saoudite (Adam Johnson, « Down the Memory Hole: NYT Erases CIA’s Efforts to Overthrow Syria’s Government », FAIR.org, 20 septembre 2015).
  4. Souad Mekhennet, « The terrorists fighting us now? We just finished training them», WashingtonPost.com, 18 août 2014) : « Au cours de nombreux entretiens menés ces deux derniers mois [avec des membres de l’État Islamique et du Front al-Nosra], ils ont décrit comment l’effondrement sécuritaire durant le Printemps arabe les a aidés à recruter, à se regrouper et à utiliser en leur faveur la stratégie occidentale – c’est-à-dire le soutien et l’entraînement de groupes afin de combattre des dictateurs. “Des Britanniques et des Américains nous avaient [également] entraînés durant le Printemps arabe en Libye”, d’après un homme surnommé Abou Saleh, qui a accepté d’être interrogé si son identité restait secrète. [Ce dernier], qui est originaire d’une ville proche de Benghazi, affirma qu’un groupe de Libyens et lui-même avaient bénéficié dans leur pays d’entraînements et de soutien de la part de membres des forces [spéciales] et des services de renseignement français, britanniques et états-uniens – avant de rejoindre le Front al-Nosra ou l’État Islamique [en Syrie]. Interrogées pour cet article, des sources militaires arabes et occidentales ont confirmé les affirmations d’Abou Saleh, selon lesquelles des rebelles en Libye avaient bénéficié d’“entraînements” et d’“équipements” durant la guerre contre le régime de Kadhafi » (accentuation ajoutée).
  5. Pour illustrer la confusion qui règne sur les politiques profondes de la CIA en Syrie, y compris chez les spécialistes, j’ai détecté une erreur factuelle dans un article du grand reporter Régis Le Sommier. Dans cette analyse, qui est pourtant d’une grande pertinence, il est écrit que « la CIA devait entraîner 15 000 rebelles “modérés” [sic]. Ils ne sont en fin de compte que 60, regroupés dans la Division 30. » (Régis Le Sommier, « Pourquoi Daech est là pour durer», ParisMatch.com, 11 septembre 2015). En réalité, le Pentagone, et non la CIA, avait été chargé par le Congrès en 2014 de former 15 000 combattants sur 3 ans pour lutter contre Daech (« Des soldats américains entraîneront des rebelles syriens», TDG.ch, 16 janvier 2015). D’après l’important article du Washington Post cité précédemment, l’Agence aurait formé non pas 60 mais 10 000 combattants pour lutter contre le régime de Bachar el-Assad (Miller et DeYoung, « Secret CIA effort in Syria faces large funding cut »). Cette erreur factuelle de la part d’un journaliste aussi compétent me semble être symptomatique de la confusion qui règne autour du rôle de la CIA en Syrie.
  6. Depuis le début du conflit, les forces loyalistes de Bachar el-Assad ont commis des exactions massives contre la population civile. Ces actes sont aussi inhumains qu’indéfendables. Or, ils le sont tout autant que les politiques étrangères occidentales ayant généré plusieurs millions de morts et de blessés rien qu’en Irak, en Afghanistan et au Pakistan depuis un quart de siècle. Voir Nafeez Mosaddeq Ahmed, « Les victimes ignorées des guerres de l’Occident : 4 millions de morts en Afghanistan, au Pakistan et en Irak depuis 1990», VoltaireNet.org, 11 avril 2015. Allons plus loin dans ce raisonnement. Selon l’intellectuel Andre Vltchek, « “[d]epuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le colonialisme et le néocolonialisme occidentaux ont causé la mort de 50 à 55 millions de personnes” (…). À celles-ci, “mortes en conséquence directe de guerres déclenchées par l’Occident, de coups d’État militaires pro-occidentaux et d’autres conflits du même acabit”, s’ajoutent “des centaines de millions de victimes indirectes qui ont péri de la misère, en silence”. » (Nic Ulmi, « Noam Chomsky raconte “l’Occident terroriste”», LeTemps.ch, 12 juin 2015 [accentuation ajoutée]). Il me semblerait utile que les détracteurs les plus intransigeants de Bachar el-Assad – qui s’émeuvent à juste titre des exactions commises par le régime syrien –, en prennent conscience et fassent preuve de la même indignation à l’égard des politiques étrangères occidentales décrites dans cette note.
  7. Comme je l’ai expliqué dans la première note, je tenterai de démontrer que l’engagement clandestin de la CIA et de ses partenaires occidentaux et moyen-orientaux en Syrie a été à la fois massif, trouble et illégal, et qu’il pourrait s’apparenter à une véritable guerre secrète multinationale. Ainsi, le caractère confidentiel de ces opérations explique pourquoi cette coresponsabilité est refoulée, incomprise ou minimisée en Occident.
  8. Aux États-Unis, l’ONG FAIR – qui lutte contre la désinformation médiatique –, a souligné que « les activités clandestines pourtant bien documentées [de la CIA] en Syrie avaient été fréquemment ignorées lorsque les médias traitaient de l’approche “non-interventionniste” de l’administration Obama dans ce conflit (…) [U]n article du New York Times (…) et un autre “article explicatif” de la guerre civile syrienne publié par Vox ont fait encore pire : ils n’ont pas seulement omis le fait que la CIA avait armé, entraîné et financé des rebelles depuis [janvier] 2012, mais ils ont lourdement sous-entendu qu’elle ne l’avait jamais fait. » (Johnson, « Down the Memory Hole: NYT Erases CIA’s Efforts to Overthrow Syria’s Government», [accentuation ajoutée]). En vérité, les services spéciaux occidentaux ont entraîné des rebelles en Libye dès 2011, ces derniers ayant été envoyés combattre en Syrie avant de rejoindre al-Qaïda (Mekhennet, « The terrorists fighting us now? We just finished training them»).
  9. Certains faiseurs d’opinion, comme Bernard Kouchner, nient toute coresponsabilité occidentale dans le drame syrien. Voir Maxime Chaix, « Non, Bernard Kouchner, Bachar el-Assad n’a pas “assassiné 230 000, 250 000 Syriens”», MaximeChaix.info, 13 octobre 2015. En général, les dirigeants politiques français ont admis avoir soutenu la rébellion « modérée et démocratique », comme François Hollande l’avait affirmé au journal Le Monde en août 2014 (« François Hollande confirme avoir livré des armes aux rebelles», LeMonde.fr, 20 août 2014). Or, deux députés français de premier plan ont accusé le gouvernement d’avoir clandestinement soutenu des rebelles pas aussi « modérés » qu’ils nous ont été présentés – l’un d’entre eux ayant même affirmé que « la France soutient al-Qaïda en Syrie ». Voir Maxime Chaix, « Selon le député Claude Goasguen, “la France soutient al-Qaïda en Syrie” », MaximeChaix.info, 1er juillet 2015. Dans ses mémoires, Hillary Clinton a affirmé que le Président Obama avait refusé d’armer les rebelles en Syrie. Voir « I Wanted to Arm Syrian Rebels, but Obama Refused », Haartez.com, 6 juin 2014. Par conséquent, sachant que la CIA a été étroitement impliquée dans des opérations multinationales de trafic d’armes en faveur des rebelles, et ce depuis au moins janvier 2012, soit Hillary Clinton ment et protège Barack Obama, soit ce dernier ne maîtrise pas ses services spéciaux (Johnson, « Down the Memory Hole: NYT Erases CIA’s Efforts to Overthrow Syria’s Government »).
  10. Je précise que mon ami et mentor intellectuel Peter Dale Scott – dont je suis le principal traducteur francophone –, n’a pas relu cette analyse avant sa publication. Par conséquent, les arguments défendus dans cet article n’engagent que moi. Pour lire une intéressante définition de la « Politique profonde » et des différents concepts développés par Peter Dale Scott, je vous recommande cet article – que j’ai récemment complété et actualisé : Bruno Paul, « La politique profonde et l’État profond», MaximeChaix.info, 29 juillet 2015.
  11. Seymour M. Hersh, « La ligne rouge et celle des rats», VoltaireNet.org (traduction : Institut Tunisien des Relations Internationales), 12 avril 2014 : « Au lendemain de l’attaque du 21 août [2013], Obama a ordonné au Pentagone de dresser une liste objectifs à bombarder. Au début, a déclaré l’ancien responsable du Renseignement, “la Maison-Blanche a rejeté 35 listes de cibles fournies par les chefs d’état-major sous prétexte que c’était insuffisamment ‘douloureux’ pour le régime d’Assad.” Les objectifs initiaux incluaient uniquement des sites militaires et aucune infrastructure civile. Sous pression de la Maison-Blanche, le plan d’attaque US a évolué vers une “frappe monstrueuse” : deux flottes de bombardiers B-52 ont été transférées vers des bases aériennes proches de la Syrie, et des sous-marins et des navires équipés de missiles Tomahawk ont été déployés. “Chaque jour, la liste de cibles s’allongeait”, m’a affirmé l’ancien responsable du Renseignement » (accentuation ajoutée).

Remarque importante : Seymour Hersh est un grand reporter mondialement renommé, qui est considéré comme l’un des meilleurs journalistes aux États-Unis. Son analyse, et le rapport du prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT) cité dans la note suivante, mettent sérieusement en doute la responsabilité du régime el-Assad dans les attaques chimiques de la Ghouta. En 2014, Franz-Olivier Giesberg avait déploré que l’article de Seymour Hersh et le rapport du MIT n’avaient quasiment pas été repris dans la presse (Franz-Olivier Giesberg, « FOG : Ayons le courage de le dire… », LePoint.fr, 26 juin 2014).

  1. Armin Arefi, « Attaque chimique en Syrie : le rapport qui dérange», LePoint.fr, 19 février 2014 : « Une étude du prestigieux MIT affirme que le massacre chimique d’août 2013 a été perpétré depuis une zone rebelle, contredisant les affirmations occidentales » (accentuation ajoutée).
  2. Hersh, « La ligne rouge et celle des rats» : « Pendant des mois, il y avait eu une vive inquiétude parmi les dirigeants militaires et la communauté du renseignement sur le rôle joué dans la guerre par des voisins de la Syrie, en particulier la Turquie. Le Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan était connu pour son soutien au Front Al-Nosra, une faction djihadiste de l’opposition rebelle, ainsi qu’à d’autres groupes rebelles islamistes. “Nous savions qu’il y en avait certains dans le gouvernement turc”, m’a dit un ancien haut responsable du renseignement états-unien qui a toujours accès aux dossiers, “qui ont cru qu’ils pouvaient choper Assad par les couilles en l’impliquant dans un attentat au gaz sarin à intérieur de la Syrie – et forcer Obama à réagir”. (…) Tandis que des bribes d’information et autres données étaient recueillies sur les attaques du 21 août, la communauté du Renseignement a vu des preuves venir étayer ses soupçons. “Nous savons désormais qu’il s’agissait d’une opération clandestine planifiée par les gens d’Erdoğan pour pousser Obama à franchir la ligne rouge”, a dit l’ancien responsable du Renseignement » (accentuation ajoutée).
  3. Ibidem: « À fin août, le président avait donné aux chefs d’état-major une date limite pour le lancement des opérations. “L’heure H devait être au plus tard lundi matin [2 septembre], un assaut massif pour neutraliser Assad” a dit l’ex-responsable du Renseignement. Ce fut donc une surprise pour beaucoup quand, lors d’un discours à la Maison-Blanche dans le Jardin des roses, le 31 août, Obama déclara que l’attaque était repoussée, et qu’il se retournait vers le Congrès pour la soumettre à un vote » (accentuation ajoutée).
  4. « Les enseignements de la guerre en Syrie», Reforme.net, 26 août 2015 : « “En 2011, les Occidentaux ont péché par leur assurance, attisée par leur succès initial en Libye, après l’intervention qui a abouti à la mort du colonel Kadhafi, [selon Fabrice Balanche]. Ce succès couronnait vingt années d’hégémonie occidentale sur le monde, depuis l’effondrement de l’URSS. Mais depuis le camouflet qu’a constitué pour eux l’intervention armée en Libye, les Russes ont décidé de défendre leurs intérêts de manière plus agressive, notamment au moyen de leur droit de veto à l’ONU. Et si les Occidentaux, États-Unis en tête, décident d’intervenir sans aval du Conseil de sécurité, le Kremlin a fait savoir qu’il ne resterait pas les bras croisés.” Selon le chercheur, c’est ce qui s’est passé, en septembre 2013, quand la flotte américaine s’est approchée des côtes syriennes, peu après les révélations de l’utilisation d’armes chimiques par Damas. En face, la Russie avait installé des batteries de DCA. Les Américains finirent par s’éloigner, mais l’affrontement direct fut évité de peu» (accentuation ajoutée).
  5. Hersh, « La ligne rouge et celle des rats» : « Ce sont les chefs d’état-major qui ont conduit Obama à changer de cap. L’explication officielle de la Maison-Blanche pour la volte-face – telle que racontée par les médias – était que le président (…) a soudainement décidé de demander l’approbation de la frappe à un Congrès profondément divisé avec lequel il était en conflit depuis des années. L’ancien responsable du département de la Défense m’a dit que la Maison-Blanche [aurait] fourni une explication différente aux membres de la direction civile du Pentagone : la frappe avait été annulée suite à des analyses selon lesquelles, en cas [d’attaque états-unienne], “le Proche-Orient [s’embraserait]”. »
  6. Londoño et Miller, « CIA begins weapons delivery to Syrian rebels». En réalité, la CIA et le MI6 ont clandestinement armé les rebelles en Syrie depuis au moins janvier 2012, mais essentiellement via la logistique et les financements du Qatar, de la Turquie et de l’Arabie saoudite (Johnson, « Down the Memory Hole: NYT Erases CIA’s Efforts to Overthrow Syria’s Government»).
  7. Je recommande vivement aux lecteurs anglophones l’analyse suivante de Joel Veldkamp, un étudiant du Centre des Études sur le Moyen-Orient de l’Université de Chicago. Résumant l’un de ses travaux universitaires, son article expose la succession de mensonges politiques et de déformations médiatiques sur l’engagement soi-disant « limité » des États-Unis en Syrie. Il montre comment la communication trompeuse de l’administration Obama a dissimulé, depuis 2012, des politiques profondes de guerre secrète dans ce pays. Enfin, je tiens à préciser que cet article a été publié sur le site de Joshua Landis, un professeur de l’Université d’Oklahoma qui est considéré comme l’un des principaux experts de la Syrie. Joel Veldkamp, « How to Understand Those 60 Trainees», JoshuaLandis.com, 14 août 2015.
  8. D’après le Washington Post, les forces spéciales et les services secrets occidentaux ont entraîné des rebelles en Libye en 2011, ces derniers ayant été envoyés combattre en Syrie avant de rejoindre al-Qaïda. Voir Mekhennet, « The terrorists fighting us now? We just finished training them». Ces informations semblent corroborer les révélations précoces de l’ancien officier de la CIA Philip Giraldi. En effet, en décembre 2011, ce dernier expliquait que des « [a]vions non immatriculés de l’OTAN [étaient] en train de se poser dans des bases militaires turques proches d’Alexandrette, vers la frontière syrienne, livrant des armes pillées dans les arsenaux de feu Mouammar Kadhafi. Ces avions acheminaient aussi des miliciens du Conseil National de Transition libyen ayant de l’expérience dans la mobilisation de volontaires locaux contre des soldats entraînés – un savoir-faire qu’ils ont acquis en combattant l’armée de Kadhafi. Alexandrette est également le siège de l’Armée Syrienne Libre, la branche armée du Conseil National Syrien. Des instructeurs des forces spéciales françaises et britanniques sont sur le terrain pour aider les rebelles syriens, tandis que la CIA et les forces spéciales états-uniennes fournissent des équipements de communication et des renseignements pour soutenir la cause des rebelles, permettant à ces combattants d’éviter les concentrations de soldats syriens» (accentuation ajoutée). Voir Philip Giraldi, « NATO vs. Syria », TheAmericanConservative.com, 19 décembre 2011.
  9. Au sujet des centres de commandement multinationaux des opérations de la CIA en Turquie et en Jordanie, voir notamment Ahmed, « Ennemis perpétuels : comment les États-Unis soutiennent Daech en le combattant» : « [L]es responsables américains du renseignement militaire [ont] supervis[é] la fourniture d’armes et l’aide des États du Golfe et de la Turquie, à partir des mêmes centres de commandement opérationnel dans le Sud de la Turquie et en Jordanie, qui continuent d’être coordonnés conjointement par les services de renseignement occidentaux et arabes (…) » (accentuation ajoutée). D’autres sources analysant les activités de ces centres de commandement seront exposées dans cette analyse.
  10. Concernant les « nombreux pays hostiles à Bachar el-Assad », voir la note 5.
  11. Trevor Timm, « If you thought the Isis war couldn’t get any worse, just wait for more of the CIA», TheGuardian.co.uk, 17 novembre 2014 : « [L]es informations sur les armes qui étaient déjà clandestinement acheminées en Syrie ont été dissimulées à la majeure partie du Congrès. John Kerry refusa de répondre aux questions sur les activités de le CIA en Syrie lorsqu’il fut interrogé par la Commission sénatoriale des Affaires étrangères, bien que des informations sur l’implication de l’Agence [dans ce pays] aient fait les gros titres pendant des années. “Je déteste dire cela”, déclara-t-il, “mais je ne peux ni confirmer ni démentir tout ce qui a été écrit à ce sujet, et je ne peux parler de tout possible programme” » (accentuation ajoutée).
  12. Veldkamp, « How to Understand Those 60 Trainees». Encore une fois, je recommande vivement cette analyse aux lecteurs anglophones. Pour compléter cette réflexion et mon propre article, l’analyse suivante est tout aussi importante : Johnson, « Down the Memory Hole: NYT Erases CIA’s Efforts to Overthrow Syria’s Government».
  13. En général, les dirigeants politiques français ont admis avoir soutenu la rébellion « modérée et démocratique », comme François Hollande l’avait affirmé au journal Le Monde en août 2014 (« François Hollande confirme avoir livré des armes aux rebelles»). Or, deux députés français de premier plan ont accusé le gouvernement d’avoir clandestinement soutenu des rebelles pas aussi « modérés » qu’ils nous ont été présentés – l’un d’entre eux ayant même affirmé que « la France soutient al-Qaïda en Syrie ». Voir Chaix, « Selon le député Claude Goasguen, “la France soutient al-Qaïda en Syrie”»). Concernant la Grande-Bretagne, nous verrons que le soutien clandestin du MI6 en faveur de réseaux jihadistes en Libye et en Syrie a été discrètement reconnu par la justice.
  14. Comme nous l’avons vu, Hillary Clinton a affirmé que le Président Obama avait refusé d’armer les rebelles en Syrie. Voir « I Wanted to Arm Syrian Rebels, but Obama Refused». Par conséquent, sachant que la CIA a été étroitement impliquée dans des opérations multinationales de trafic d’armes en faveur des rebelles, et ce depuis au moins janvier 2012, soit Hillary Clinton ment et protège Barack Obama, soit ce dernier ne maîtrise pas ses services spéciaux (Johnson, « Down the Memory Hole: NYT Erases CIA’s Efforts to Overthrow Syria’s Government»).
  15. Pour des détails sur ces opérations, voir C.J. Chivers et Eric Schmitt, « Arms Airlift to Syria Rebels Expands, With Aid From C.I.A.», NYTimes.com, 24 mars 2013. Au moment où cet article fut publié, les livraisons d’armes aux rebelles étaient en train de s’intensifier, d’après le New York Times. Seymour Hersh a également révélé un rôle actif du MI6 britannique dans ces opérations, ce qui aurait permis à la CIA d’échapper à la supervision du Congrès (Hersh, « La ligne rouge et celle des rats»). Je reviendrai sur ce point crucial.
  16. Robert Winnett, « Syria: 3,500 tons of weapons already sent to rebels, says Lord Ashdown», Telegraph.co.uk, 1er juillet 2013. Cet article rapporte les propos alarmants du parlementaire britannique Lord Ashdown : « “[Les rebelles en Syrie] n’ont pas besoin d’armes. Il n’a pas été démenti que 3 500 tonnes d’armes avaient été livrées depuis la Croatie avec l’aide de la CIA. Financés par les Qataris, financés par les Saoudiens, [ces armements] sont allés presque exclusivement vers les groupes les plus extrémistes”, déclara l’ancien haut représentant international en Bosnie lors d’un débat [parlementaire] » (accentuation ajoutée).
  17. « Syrie : les Russes ont frappé les rebelles formés par la CIA (sénateur McCain)», LOrientLeJour.com avec AFP, 1er octobre 2015.
  18. Ahmed, « Ennemis perpétuels : comment les États-Unis soutiennent Daech en le combattant» : [L]a revendication de Joe Biden [selon laquelle] “nous ne pouvions pas convaincre nos collègues [turcs, qataris et saoudiens] de cesser [d’]approvisionner” [les islamistes] dissimule le fait que la CIA a été directement impliquée dans la gestion de ces réseaux d’approvisionnement rebelles. » ; « General Dempsey aknowledges U.S. Arab allies funding ISIS», CSPAN.org, 20 septembre 2014 : « Sénateur Lindsey Graham : “Connaissez-vous un allié arabe de premier plan qui embrasse la cause de l’EIIL [, c’est-à-dire de Daech] ?” Général Martin Dempsey : “Je sais que des alliés arabes de premier plan les financent…” Sénateur Graham : “Oui, mais est-ce qu’ils en embrassent la cause ? Ils (…) ont financé [Daech] car l’Armée Syrienne Libre ne pouvait pas combattre Assad, ils essayaient de battre Assad, et je pense qu’ils ont réalisé à quel point ces méthodes étaient folles. » Sans surprise, le sénateur Graham n’a pas dit un mot sur l’implication de la CIA et de ses partenaires occidentaux dans cette stratégie de la Turquie, de l’Arabie saoudite et du Qatar.
  19. Ahmed, « Ennemis perpétuels : comment les États-Unis soutiennent Daech en le combattant». Si l’on en croit la Brookings Institution, en avril 2015, « [l]a branche officielle d’al-Qaïda en Syrie, et une autre milice étroitement liée à [cette nébuleuse terroriste], faisaient partie des milices “modérées” et “triées sur le volet” [par la CIA] qui reçoivent des armes et du soutien de la part d’États du Golfe et de la Turquie, sous la supervision de personnel des [services spéciaux] états-uniens sur le terrain » (accentuation ajoutée). Nous reviendrons en détail sur cette analyse.
  20. Timm, « If you thought the Isis war couldn’t get any worse, just wait for more of the CIA» : « Le plus choquant est peut-être de savoir que Barack Obama a lui-même lu l’étude de la CIA, et qu’il a conscience qu’armer les rebelles en Syrie – ou n’importe où ailleurs – était une idée incroyablement dangereuse. Parlant visiblement de cette étude, Obama déclara à David Remnick du New Yorker [en 2014] : “Très tôt dans ce processus, j’ai en fait demandé à la CIA d’analyser des exemples de réussites dans le financement et l’approvisionnement en armes des insurrections. Et ils n’ont pas réussi à m’en donner beaucoup.” » Cette posture « non-interventionniste » d’Obama a été récemment exagérée par certains médias. Voir Johnson, « Down the Memory Hole: NYT Erases CIA’s Efforts to Overthrow Syria’s Government».
  21. Voir par exemple Adam Entous, « Covert CIA Mission to Arm Syrian Rebels Goes Awry», WSJ.com, 26 janvier 2015 : « Des hauts responsables [états-uniens] défendent la décision de maintenir un réseau d’approvisionnement en armes réduit [sic] et étroitement contrôlé [sic], citant leur préoccupation que des armements pourraient tomber entre de mauvaises mains. (…) En dépit des contrôles, des armes ont néanmoins basculé du mauvais côté. » Comme nous l’avons vu, et comme je le monterai en apportant d’autres sources, cet argument du « réseau d’approvisionnement en armes réduit et étroitement contrôlé » est grossièrement mensonger. Voir notamment Veldkamp, « How to Understand Those 60 Trainees» ; Johnson, « Down the Memory Hole: NYT Erases CIA’s Efforts to Overthrow Syria’s Government ».
  22. Miller et DeYoung, « Secret CIA effort in Syria faces large funding cut». Bien que ce programme soit décrit comme « inefficace » par des parlementaires interrogés dans cet article, les journalistes citent pourtant des hauts responsables anonymes vantant les réussites de cette opération multinationale – tout en prenant soin de la limiter au soutien d’une milice « modérée » au sud de la Syrie. Nous allons voir que la réalité est bien plus complexe.
  23. Roy Gutman et Mousab Alhamadee, « Tense relations between U.S. and anti-Assad Syrian rebels», McClatchyDC.com, 5 septembre 2014.
  24. Miller et DeYoung, « Secret CIA effort in Syria faces large funding cut». Sur la création et le soutien, par l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, d’une coalition de groupes islamistes comprenant al-Qaïda comme l’une de ses principales forces, voire Mathieu, « Syrie : l’Armée de la conquête sur le chemin de Damas» ; « General Dempsey aknowledges U.S. Arab allies funding ISIS » : Sénateur Lindsey Graham : “Connaissez-vous un allié arabe de premier plan qui embrasse la cause de l’EIIL [, c’est-à-dire Daech] ?” Général Martin Dempsey : “Je sais que des alliés arabes de premier plan les financent…” » ; etc.
  25. D’après le Washington Post, les forces spéciales et les services secrets occidentaux ont entraîné des rebelles en Libye en 2011, ces derniers ayant été envoyés combattre en Syrie avant de rejoindre al-Qaïda. Voir Mekhennet, « The terrorists fighting us now? We just finished training them». Ces informations semblent corroborer les révélations précoces de l’ancien officier de la CIA Philip Giraldi (cf. note 24).

Pour lire la suite, 2ème partie et 3ème partie

 

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