La guerre secrete multinationale de la CIA en Syrie et le chaos islamiste (2ème partie)

Par Maxime CHAIX

 

  1. Les rebelles « modérés » 

Autre source majeure de confusion : il ne peut être remis en question que la CIA et des services spéciaux occidentaux ont clandestinement armé et soutenu l’opposition décrite comme « modérée » depuis 2011, en coopérant avec leurs alliés moyen-orientaux. (41) Avant d’analyser cette notion controversée de « modération », affirmons d’emblée que l’engagement clandestin de la CIA et de ses alliés dans ce pays n’est pas le seul facteur de la montée en puissance des groupes extrémistes dans cette guerre civile. En effet, le principal expert du terrorisme au sein de la « CIA privée » (42) Stratfor écrivait dès janvier 2013 que,

« [d]ans le paysage chaotique de l’opposition syrienne, la convergence des objectifs et l’efficacité au combat des jihadistes ont fait en sorte que ces groupes attirent un grand nombre de nouvelles recrues. Mais ce ne fut pas le seul facteur de la radicalisation des rebelles syriens. Tout d’abord, la guerre – et en particulier un conflit brutal et interminable –, tend à radicaliser les combattants qui y sont impliqués. Songez à Stalingrad, aux luttes de la guerre froide en Amérique centrale, ou aux épurations ethniques dans les Balkans à la suite de la dissolution de la Yougoslavie ; ce degré d’adversité et de souffrance transforme des personnes neutres en extrémistes. En Syrie, nous avons observé de nombreux musulmans laïcs devenir des jihadistes intransigeants. Ensuite, le manque d’espoir pour une intervention occidentale a supprimé tout élan en faveur d’un ancrage laïc de l’opposition. » (43)

L’auteur de cet article ajouta néanmoins que, « [l]orsque ces facteurs idéologiques furent associés à l’introduction [massive] d’argent et d’armements pour soutenir des groupes jihadistes en Syrie l’année dernière [,c’est-à-dire en 2012], la croissance de ces milices s’est dramatiquement accélérée. Aujourd’hui, ces dernières ne sont pas seulement un acteur majeur sur le champ de bataille, mais elles sont également une force qu’il va falloir prendre en compte à l’avenir. » (44) Cette analyse, sur laquelle nous reviendrons, montrait dès janvier 2013 que les factions extrémistes allaient poser problème sur le long terme, comme en Afghanistan depuis les années 1980. Par ailleurs, elle décrivait déjà une guerre secrète multinationale en Syrie, qui alliait « Washington et Riyad » avec « des États européens » et « des puissances régionales telles que la Turquie, la Jordanie, le Qatar et les Émirats Arabes Unis  ». (45) Cependant, les principales puissances occidentales ont toujours affirmé soutenir des rebelles « modérés », et non des milices jihadistes.

Or, en observant deux précédents historiques, la « modération » des groupes armés durant les guerres secrètes de la CIA a été systématiquement invoquée par les autorités et les médias grand public. Le 4 mai 1983, alors qu’il abordait la question du soutien des Contras au Nicaragua, le « Président Reagan déclara (…) que [c]es groupes d’insurgés recevant de l’aide clandestine de la part de [la CIA] étaient des “combattants de la liberté” s’opposant à un gouvernement qui avait trahi ses principes révolutionnaires ». (46) À l’époque, cette expression « combattants de la liberté » était aussi utilisée par la presse et par l’administration Reagan pour décrire les moudjahidines soutenus par l’Agence en Afghanistan. (47) Or, ces derniers et leur réseau de soutien – le Maktab al-Khadamat (MAK) géré par Abdullah Azzam et Oussama ben Laden –, deviendront les talibans et al-Qaïda dans les années 1990. (48) Par ailleurs, les Contras commettront de nombreuses exactions dans la guerre secrète de la CIA au Nicaragua. (49) Aujourd’hui, les médias et les gouvernements occidentaux continuent d’affirmer que les rebelles soutenus par l’Agence et ses alliés en Syrie sont des « modérés ». Or, la prédominance de factions jihadistes dans l’opposition armée ne fait plus aucun doute.

Allant plus loin dans ce raisonnement, de nombreux experts ont affirmé que la distinction entre les « extrémistes » et les « modérés » dans le conflit syrien n’existait plus. En septembre 2014, l’ancien représentant au Congrès Dennis Kucinich avait rédigé cette analyse percutante pour critiquer le programme de formation du Pentagone aujourd’hui interrompu :

« Écrivant sur la connexion entre l’Arabie saoudite et l’État Islamique (EI), l’historien [et ancien officier du MI6] Alastair Crooke a récemment décrit les insurgés “modérés” en Syrie comme étant “plus rares que la licorne des légendes”. Les “modérés” ont conclu un pacte de non-agression avec l’EI. Les “modérés” ont capturé [James Foley,] un journaliste états-unien [,] et l’ont vendu à l’EI, qui l’a décapité. L’Arabie saoudite qui, avec le Qatar, a financé les jihadistes en Syrie, propose désormais de “former” les rebelles. Le Congrès est prié d’avaler cette recette douteuse : les sponsors des jihadistes radicaux vont former des jihadistes “modérés”. (…) Les soi-disant “rebelles” sont des mercenaires qui viennent de plus de 20 pays. Ils s’organisent et se réorganisent constamment en nouveaux groupes, qui offrent leur allégeance à quiconque les paye ou leur fournit des armes – et ce à tout moment. » (50)

Récemment, le grand reporter et spécialiste du Moyen-Orient Richard Labévière a écrit que l’ASL « n’existe plus que sur le papier », expliquant que les rebelles « modérés » avaient été absorbés par le Front al-Nosra. (51) Peu après le lancement de l’intervention russe en Syrie, le célèbre journaliste d’investigation Gareth Porter a affirmé que l’opposition modérée – en tant que force offensive menaçant le régime el-Assad –, n’était qu’un mythe, s’étonnant que les médias continuent de présenter les rebelles appuyés par l’Agence comme des « modérés ». (52)

Or, après les premières frappes russes, le sénateur John McCain a déclaré que l’« Armée Syrienne Libre ou des groupes (…) armés et entraînés par la CIA » avaient été ciblés ; (53) en France, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a critiqué la Russie pour avoir frappé « des résistants », (54) malgré de sérieux doutes sur la modération des combattants actuellement soutenus par les États-Unis et leurs partenaires dans ce conflit. Par exemple, l’expert Alain Rodier a déclaré au Figaro qu’il était « tout à fait exact de dire que les Russes frappent à 80 % des mouvements autres que Daech. Il faut uniquement rajouter que la plupart dépendent d’al-Qaïda, vous savez, cette organisation à la base des attentats du 11 septembre 2001, de 2004 à Madrid et de 2005 à Londres… » (55)

Ainsi, cette distinction entre les « modérés » et les « extrémistes » est de plus en plus discutable, n’étant pas claire depuis le début de ce conflit. En effet, selon le Washington Post, de nombreux combattants « modérés » et affiliés à l’Armée Syrienne Libre (ASL) ont rejoint les rangs du Front al-Nosra ou de Daech après avoir été armés et/ou entraînés par des forces spéciales et des services secrets occidentaux, initialement en Libye. (56) En outre, certains des principaux commandants rebelles soutenus par les États-Unis ont affirmé transmettre des armes à ces deux organisations extrémistes, ou entretenir de bons rapports avec celles-ci. (57) D’après Charles Lister, un expert de la Brookings Institution pourtant hostile au régime de Bachar el-Assad, (58) « [l]a grande majorité de l’insurrection syrienne s’est étroitement coordonnée avec al-Qaïda depuis le milieu de l’année 2012 – ce qui a eu un impact considérable sur le terrain ». (59)

À cette époque, en juillet 2012, le prince Bandar était nommé à la tête des services spéciaux saoudiens, ce qui avait été analysé par la plupart des experts comme un signe de durcissement de la politique syrienne de l’Arabie saoudite. (60) Surnommé Bandar Bush du fait de sa proximité avec la dynastie présidentielle du même nom, il était ambassadeur à Washington à l’époque des attaques du 11-Septembre. Depuis plusieurs années, cet homme intimement lié à la CIA (61) est accusé par l’ancien sénateur de Floride d’avoir soutenu certains des pirates de l’air désignés coupables de ces attentats. (62) Jusqu’à ce qu’il soit poussé vers la sortie en avril 2014, le Guardian souligna que « Bandar avait dirigé les efforts saoudiens visant à mieux coordonner les livraisons d’armes aux rebelles combattant el-Assad en Syrie. Néanmoins, il a été critiqué pour avoir soutenu des groupes islamistes extrémistes, risquant ainsi le même “retour de bâton” que celui des combattants saoudiens d’Oussama ben Laden rentrant au pays après le jihad contre les Soviétiques en Afghanistan dans les années 1980 – une guerre sainte qui avait été autorisée officiellement. » (63)

En août 2012, quelques semaines après la nomination du prince Bandar à la tête des services saoudiens, Reuters révélait que le Président Obama avait signé un décret classifié autorisant une intervention clandestine prétendument « non-létale » de la CIA en Syrie. (64) Or, plusieurs sources convergentes ont indiqué que des opérations d’approvisionnement en armes avaient été lancées dès janvier 2012 par le général David Petraeus, (65) qui dirigeait alors la CIA. Aujourd’hui « à la retraite » dans un fonds d’investissement de Wall Street (KKR), ce dernier a publiquement exhorté l’administration Obama de soutenir des transfuges d’al-Qaïda pour combattre Daech. (66) À l’évidence, l’Agence et ses partenaires ont mené des politiques particulièrement troubles en Syrie, qui ont considérablement aggravé ce conflit.

En 2014, un parlementaire états-unien avait déclaré sous couvert d’anonymat que la CIA était « bien consciente que de nombreuses armes fournies [par l’Agence] avaient terminé dans de mauvaises mains. » (67) En octobre 2015, l’éminent expert de la Syrie Joshua Landis affirma qu’« entre 60 et 80 % des armes que les États-Unis ont introduites [dans ce pays] sont allées à al-Qaïda et les groupes qui lui sont affiliés ». (68) Or, cette politique clandestine et multinationale de soutien à l’insurrection s’est poursuivie jusqu’à présent, et elle n’a cessé de s’intensifier. La comparant à la guerre secrète de la CIA en Afghanistan, l’éditorialiste Michel Colomès a écrit que les « Américains et [les] Français, depuis l’entrée de la Russie dans la guerre syrienne, fournissent des armes à des islamistes réputés fréquentables. Ils ont la mémoire courte. » (69)

D’après le Washington Post, le député au Congrès Adam Schiff a indiqué en novembre 2014 avoir été « troublé par (…) l’exaspération des factions prétendument modérées vis-à-vis des frappes états-uniennes contre des positions d’al-Nosra, suggérant que les milices soutenues par les États-Unis considèrent cette organisation affiliée à al-Qaïda comme un allié contre le Président syrien Bachar el-Assad, et non comme un adversaire ». (70) Il a également déclaré être au courant que l’« opposition modérée se liguait avec al-Nosra ». (71) Ainsi, des sources parlementaires confirment que les États-Unis et leurs alliés ont consciemment soutenu des factions pas aussi « modérées » qu’elles nous ont été décrites par les médias, mais aussi par les dirigeants ayant imposé le renversement de Bachar el-Assad comme une priorité stratégique. (72)

  1. La multinationalité et le « déni plausible »

Le caractère multinational des opérations anti-Assad a aussi été une source majeure de confusion. Tout d’abord, bien que de nombreux services occidentaux et moyen-orientaux aient été conjointement impliqués dans ce conflit, il reste difficile de penser cette guerre secrète sous un angle multinational. En effet, les médias et les spécialistes ont eu tendance à dissocier les politiques syriennes des différents États clandestinement engagés dans la déstabilisation de la Syrie. Il est vrai que le renoncement des États-Unis à intervenir directement a suscité de vives tensions diplomatiques avec la Turquie et l’Arabie saoudite. (73) Par ailleurs, l’hostilité du roi Abdallah à l’égard des Frères musulmans a engendré des dissensions majeures entre, d’un côté, le royaume saoudien et, de l’autre, le Qatar et la Turquie – ces tensions s’étant atténuées après l’intronisation du roi Salmane en janvier 2015. (74)

Du fait de ces divergences, les politiques syriennes des États hostiles au régime el-Assad ont été trop peu analysées sous leur angle multinational. Plus exactement, les opérations occidentales ont été dissociées de celles des pays moyen-orientaux. Or, les services spéciaux de ces différents États ont mené jusqu’à présent des actions communes et coordonnées, dans l’opacité abyssale de la classification. En janvier 2012, la CIA et le MI6 ont lancé des opérations clandestines d’approvisionnement en armes des rebelles entre la Libye, la Turquie et la Syrie, avec de l’aide et des financements turcs, saoudiens et qataris. (75) Comme nous l’avons souligné précédemment, il s’est avéré que ces armements ont été livrés « presque exclusivement » à des factions jihadistes, selon le parlementaire britannique Lord Ashdown. (76) D’après le grand reporter Seymour Hersh, « [l]’implication du MI6 a permis à la CIA de se soustraire à la loi en classant sa mission comme une opération de liaison. » (77) Les actions de l’Agence en Syrie sont-elles mieux contrôlées aujourd’hui ? La question reste ouverte, mais la doctrine du « déni plausible » traditionnellement mise en œuvre par la CIA pourrait être un élément de réponse. (78)

En commentant la complexe affaire de Benghazi, un ancien expert du contre-espionnage à la CIA nommé Kevin Shipp souligna que, « dans les opérations de trafic d’armes que l’Agence souhaite pouvoir démentir, elle implique en général une tierce partie. “Le mode opératoire de la CIA nécessite un ‘intermédiaire’, donc on obtient du Qatar [qu’il] achemine les armes tout en lui facilitant le transport. Ainsi, la tierce partie sera tenue pour responsable [si l’opération est divulguée]”. » (79) Même si ce mode opératoire tend à brouiller les pistes, le rôle central de la CIA dans cette guerre secrète multinationale ne fait plus de doute. En octobre 2015, le New York Times expliqua que

« [l]es missiles antichars TOW de fabrication américaine ont fait leur apparition dans la région en 2013, à travers un programme clandestin [de la CIA] mené par les États-Unis, l’Arabie saoudite et d’autres alliés. Celui-ci vise à aider des groupes d’insurgés “sélectionnés” par l’Agence à combattre le gouvernement syrien. Ces armes sont livrées sur le terrain par des alliés des Américains, mais les États-Unis approuvent leur destination [– des autorisations qui sont en fait “implicites”, comme nous le verrons]. (…) Des commandants rebelles ont éclaté de rire lorsqu’on les a questionnés sur la livraison de 500 TOW en provenance d’Arabie saoudite, déclarant qu’il s’agissait d’un nombre ridicule comparé à ce qui est réellement disponible. En 2013, l’Arabie saoudite a commandé [à Washington] plus de 13 000 [TOW]. » (80)

Sans surprise, cet article limite le soutien états-unien à des rebelles « modérés », et le rôle de l’Agence dans les opérations de guérilla n’y est même pas évoqué. Or, l’Arabie saoudite, avec le Qatar et la Turquie, sont généralement accusés de soutenir al-Qaïda en Syrie, et nous verrons que la CIA coordonne ses opérations avec ces mêmes partenaires depuis deux centres de commandement situés sur les territoires turcs et jordaniens. Dans le cadre de ce programme multinational, des missiles antichars de fabrication états-unienne ont été livrés à al-Qaïda par des partenaires étrangers de la CIA. En effet, selon le journaliste Gareth Porter, « [l]a campagne d’Idleb [au printemps 2015] a été une conséquence directe d’une décision politique de l’Arabie saoudite et du Qatar – approuvée par les États-Unis –, de soutenir la création de l’“Armée de la Conquête” et de lui fournir du nouveau matériel militaire, qui fut un facteur crucial dans cette campagne : le missile antichars TOW. » (81) Il faut alors souligner que l’« Armée de la Conquête » est une coalition de milices majoritairement islamistes, dont l’une des principales forces est le Front al-Nosra, qui est la branche syrienne d’al-Qaïda. (82)

À la suite de l’entrée en guerre de la Russie, un ancien conseiller du Pentagone a confirmé au Washington Post que le recours à des partenaires étrangers impliquait le « déni plausible », ce qui permet de couvrir les opérations de la CIA en Syrie : « Fabriqués par Raytheon, les missiles [TOW] proviennent principalement des stocks du gouvernement saoudien, qui en avait acheté 13,795 en 2013 (…) Puisque les accords de vente nécessitent que l’acheteur informe les États-Unis de leur destination finale, l’approbation [de Washington] est implicite, selon Shahbandar, un ancien conseiller du Pentagone. D’après lui, aucune décision n’est requise de la part de l’administration Obama pour que ce programme puisse continuer. “II n’y a pas besoin d’un feu vert américain. Un feu orange est suffisant”. “Il s’agit d’un [programme] clandestin et il peut techniquement être démenti, mais c’est le propre des guerres par procuration.” » (83) Ainsi, la doctrine du « déni plausible », qui implique des tierces parties sur lesquelles on peut rejeter la faute, semble expliquer pourquoi le rôle de la CIA et de ses alliés occidentaux dans cette guerre secrète est refoulé, déformé ou minimisé.

Récemment, cette application de la doctrine du « déni plausible » par l’Agence dans cette guerre civile a été confirmée par l’expert britannique Nafeez Ahmed : « Les États-Unis ont fui leur responsabilité dans [le conflit syrien] en ayant recours à la plus traditionnelle des opérations de maquillage des faits : rendre leurs dénégations plausibles en rejetant la faute sur les autres. Depuis 2012, le programme d’approbation des rebelles, géré clandestinement par la CIA, est mis en œuvre en dehors de la Syrie, dans des pays partenaires comme l’Arabie saoudite, le Qatar, la Jordanie et la Turquie. Bien que les membres de la CIA et de l’armée américaine supervisent le programme, ils se fondent principalement sur les “renseignements” des pays alliés pour “l’approbation” des rebelles. » (84) Dans un contexte aussi trouble et opaque, l’engagement de l’Agence et de ses alliés occidentaux est officiellement limité au soutien de rebelles « modérés », alors que leurs partenaires moyen-orientaux sont continuellement accusés d’appuyer les extrémistes sur le terrain. Or, ces différents services spéciaux collaborent étroitement afin de combattre le régime de Bachar el-Assad. Le fait que si peu de journalistes et d’experts aient souligné ce paradoxe me semble pour le moins alarmant.

Au contraire, les médias et les spécialistes ont eu tendance à différencier les actions clandestines des États du Moyen-Orient de celles des puissances occidentales. Or, nous avons vu que, dès janvier 2013, la société privée de renseignement Stratfor décrivait une guerre secrète multinationale en Syrie, qui alliait « Washington et Riyad » avec « des États européens » et « des puissances régionales telles que la Turquie, la Jordanie, le Qatar et les Émirats Arabes Unis  ». (85) Et les opérations multinationales de la CIA se sont intensifiées à partir de 2013, (86) malgré le scepticisme affiché par le Président Obama sur l’efficacité des politiques de soutien clandestin aux insurrections. (87)

Par conséquent, j’ai développé une vision plus inclusive et globale des ingérences anti-Assad, qui ont été organisées dans les arcanes confidentiels et mal contrôlés des services spéciaux. (88)  Au vu des informations disponibles, j’ai pu déterminer que le gouvernement des États-Unis et ses partenaires avaient bel et bien lancé, dès 2011, (89) une guerre secrète multinationale en Syrie. Étant illégale et clandestine, cette intervention de l’Agence et de ses alliés est mal comprise et insuffisamment documentée. Par ailleurs, des obstacles juridiques et moraux pourraient expliquer la discrétion de Washington et de ses partenaires sur ces opérations, et notamment la sous-traitance de celles-ci aux services turcs, qataris et saoudiens – qui montrent moins de scrupules à soutenir directement des milices islamistes. (90) Ainsi, la spectaculaire montée en puissance de Daech et d’al-Qaïda dans le conflit syrien semble avoir été grandement encouragée par cette politique clandestine et multinationale, bien que l’extension correspondante du chaos islamiste ait été anticipée dès 2012 par le Renseignement militaire du Pentagone (DIA). (91)

Notes

  1. Adèle Smith, « Wikileaks dévoile les secrets de la “CIA privée”», LeFigaro.fr, 27 février 2012.
  2. Scott Stewart, « The Consequences of Intervening in Syria», Stratfor.com, 31 janvier 2013 (accentuation ajoutée).
  3. Ibidem (accentuation ajoutée).
  4. Ibidem.
  5. Steven R. Weisman, « PRESIDENT CALLS NICARAGUA REBELS FREEDOM FIGHTERS; News session transcript, page D22», New York Times, 5 mai 1983 (accentuation ajoutée).
  6. Peter Dale Scott, La Route vers le nouveau désordre mondial : 50 ans d’ambitions secrètes des États-Unis (Éditions Demi-Lune, Paris, 2010), p.174 : « Dans les années 1980, les Soviétiques se sont heurtés dès le départ à l’opposition des moudjahidines (appelés “combattants de la liberté” à Washington et “terroristes” à Moscou), qui furent armés, financés et entraînés dès 1978 – peut-être même plus tôt – par les services secrets combinés du Pakistan, de l’Arabie saoudite et la CIA » (accentuation ajoutée).
  7. Ibidem, pp.167-93 (chapitre 6).
  8. Gilles Bataillon, « Contras et reContras nicaraguayens (1982-1993) : réflexions sur l’action armée et la constitution d’acteurs politico-militaires », Cultures & Conflits (en ligne), hiver 1993 : « La multiplication des opérations armées [des Contras] sur l’ensemble du territoire à partir de 1982, les attaques systématiques des coopératives sandinistes, les exécutions sommaires de représentants et de responsables locaux du pouvoir sandiniste, ne visent pas seulement à affaiblir l’adversaire et à l’installer dans une position défensive. Elles visent tout autant à démontrer la matérialité du conflit ami/ennemi sur l’ensemble du territoire et à détruire, moins des objectifs économiques vitaux pour l’économie du pays (du moins de 1982 à 1985), que tout ce qui peut symboliser l’avènement d’un “monde nouveau”. Ainsi les groupes qui, venant des camps d’entraînement honduriens ou costariciens, cheminent jusqu’au centre du pays et y multiplient les coups de main contre les coopératives sandinistes, les postes militaires, les activistes du Front, cherchent tout autant à accréditer l’idée d’une guerre généralisée à l’ensemble du territoire qu’à mener des opérations en fonction de plans de bataille strictement militaires. De même leurs exactions sanglantes contre des coopérateurs, des activistes souvent adolescents, des femmes et parfois même des enfants ne s’inscrivent nullement au registre d’une quelconque efficacité guerrière, mais sont à mettre au compte de la volonté de multiplier les mises en scène du conflit ami/ennemi et son caractère inexpiable. »
  9. Dennis Kucinich, « Le Congrès US autorise le soutien des “rebelles” », DeDefensa.org, 19 septembre 2014 (accentuation ajoutée).
  10. Richard Labévière, « Diplomatie française : improvisations, revirements et amateurisme…», ProchetMoyen-orient.ch, 28 septembre 2015 : « Les yeux toujours rivés sur le baromètre intérieur, François Hollande demande instamment à Laurent Fabius d’organiser à Paris, le 8 septembre dernier, une conférence internationale pour venir en aide aux Chrétiens et autres minorités d’Orient. Celui-ci s’exécute à reculons, toujours partisan d’armer l’opposition syrienne “laïque et modérée” pour en finir avec Bachar, c’est-à-dire “les bons p’tits gars de Nosra”, comme il l’affirmait en décembre 2012 lors d’un voyage au Maroc. Rappelons que Jabhat al-Nosra, c’est tout simplement Al-Qaïda en Syrie, qui achète et absorbe, depuis plusieurs années, les rebelles de l’Armée syrienne libre (ASL) qui n’existe plus que sur le papier. Rien appris, rien oublié ! Laurent Fabius persiste et signe. Cette conférence est un fiasco absolu. »
  11. Gareth Porter, « Obama won’t admit the real targets of Russian airstrikes», MiddleEastEye.net, 16 octobre 2015. Pour les lecteurs anglophones, cet article est à lire intégralement. En effet, son auteur réussit à expliquer que les États-Unis soutiennent des jihadistes via leurs alliés moyen-orientaux, mais sans l’affirmer directement. On peut le déduire rien qu’en lisant le titre de son analyse (« Obama n’admettra pas les vraies cibles des frappes aériennes russes »). Du grand journalisme, argumenté, subtil, et documenté.
  12. « Syrie : les Russes ont frappé les rebelles formés par la CIA (sénateur McCain)», LOrientLeJour.com avec AFP, 1er octobre 2015.
  13. Ryad Ouslimani et Philippe Corbé, « Syrie : les Russes “ont frappé pour une bonne part des résistants”, selon Laurent Fabius», RTL.fr, 1er octobre 2015. Au lendemain des attentats de janvier 2014, je m’étais offusqué de la politique étrangère de la France en Syrie, et notamment des prises de position scandaleuses de Laurent Fabius quant au « bon boulot » d’al-Qaïda en Syrie (Voir Maxime Chaix, « Al-Qaïda : terroriste en France, alliée en Syrie », DeDefensa.org, 10 janvier 2014).
  14. « Syrie : qui se cache derrière les rebelles», entretien avec Alain Rodier, Figaro.fr/Vox, 13 octobre 2015 (accentuation ajoutée). Ancien officier supérieur des services français, Alain Rodier est un expert du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R), dont je recommande le site et les analyses.
  15. Mekhennet, « The terrorists fighting us now? We just finished training them» (cf. note 9).
  16. Steven Chovanec, « Why We Must Not Arm Even One More Syrian Rebel», LevantReport.com, 16 juillet 2015 : « En avril [2014], le leader du Front Révolutionnaire Syrien “modéré” et soutenu par les États-Unis a reconnu qu’al-Qaïda n’était  “pas [son] problème”, et que ses combattants menaient des opérations conjointes avec al-Nosra. “Si les gens qui nous soutiennent nous disent d’envoyer des armes à un autre groupe, nous les envoyons. Il y a un mois, [le Front al-Nosra,] nous [a] demandé d’envoyer des armes à Yabroud, donc nous avons envoyé beaucoup d’armes là-bas (…).” Le colonel Okaidi (…) est l’un des principaux commandants rebelles “modérés” à être soutenu par les États-Unis, et il est l’un des premiers bénéficiaires de l’aide occidentale. Dans une vidéo, qui a été authentifiée par [l’expert de la Syrie] Joshua Landis (…), [Okaidi] a déclaré lors d’une interview : “Ma relation avec les frères de l’EIIL [Daech] est bonne… Je communique tous les jours avec les frères de l’EIIL… Notre relation est bonne, elle est même fraternelle.” » Remarque importante : ne les ayant pas reproduites, j’ai néanmoins vérifié les sources de Monsieur Chovanec avant de traduire ces informations alarmantes.
  17. Charles Lister, « The West is walking into the abyss on Syria», Brookings.edu, 28 septembre 2015. Dans cet article, Monsieur Lister souligne le récent fiasco du Pentagone dans l’entraînement des rebelles contre Daech, mais sans évoquer le programme de la CIA – ce qui donne l’impression que l’Agence et ses alliés ne sont pas intervenus dans ce conflit ; puis il attribue la responsabilité de la montée en puissance des factions jihadistes à Bachar el-Assad. Une ou plusieurs sources prouvant ses accusations auraient été appréciables.
  18. Charles Lister, « Are Syrian Islamists moving to counterbalance Al-Qaeda? Will it last?», Brookings.edu, 23 mars 2015 (accentuation ajoutée). En écrivant cela, il souligne néanmoins qu’« en public »,  ce fait est « rarement reconnu explicitement ».
  19. Voir par exemple Joseph Fitsanakis, « Analysis: Bandar’s return affirms hawkish turn in Saudi foreign policy», IntelNews.org, 26 juillet 2012 : « Bandar “veut voir l’Arabie saoudite gonfler ses muscles, en particulier si les Américains sont avec lui [au Moyen-Orient]”, selon [un spécialiste du Woodrow Wilson Center nommé] Ottaway. Et il y a des chances qu’ils le seront, au vu des contacts étroits du prince Bandar au sein de la communauté du Renseignement états-unien. Le commentateur saoudien Jamal Khashoggi a déclaré que le style de Bandar est “plutôt agressif, aux antipodes de celui des diplomates saoudiens, qui sont habituellement prudents ; et il sera libre de faire ce qu’il estime nécessaire”, en particulier dans le cas de la Syrie » (accentuation ajoutée).
  20. Ibidem: « La rumeur veut que, durant le premier mandat de George W. Bush, George Tenet – qui était alors directeur de la CIA –, se serait saoulé dans la grandiose maison de Bandar à Washington. Il serait alors tombé tout habillé dans la piscine, avant d’être secouru par l’un des serviteurs de Bandar. Si cette histoire est vraie, elle indique un degré d’intimité plutôt dérangeant dans la relation du prince avec l’establishment de politique étrangère des États-Unis, sur lequel l’Arabie saoudite va sans aucun doute s’appuyer dans les prochaines années » ; voir Peter Dale Scott, L’État profond américain : la finance, le pétrole et la guerre perpétuelle (Éditions Demi-Lune, Plogastel-Saint-Germain, 2015), p.159 : « [I]l est compréhensible que George Tenet, le directeur de la CIA sous George W. Bush, ait suivi le précédent de [William] Casey [, le directeur de l’Agence sous Reagan,] en rencontrant une fois par mois environ le prince Bandar, l’ambassadeur d’Arabie saoudite aux États-Unis – mais sans révéler le contenu de leurs discussions aux officiers de la CIA chargés des questions saoudiennes» (accentuation ajoutée). Voir aussi la note précédente.
  21. J’ai utilisé l’expression « désignés coupables » car – près d’une quinzaine d’années après les attentats du 11-Septembre –, la perspective d’un procès régulier et équitable des accusés du 11-Septembre illégalement détenus à Guantanamo continue de s’éloigner. N’en déplaise aux esprits conformistes, la vérité sur ces attaques est donc loin d’être établie. Voir par exemple : « La moitié des prisonniers de Guantanamo resteront enfermés “indéfiniment”», LeMonde.fr avec AFP, 1er septembre 2015. Voir également Bob Graham ; « Il faut rouvrir l’enquête du 11-Septembre!», HuffingtonPost.fr, 9 novembre 2012 ; concernant les accusations sur le rôle présumé du prince Bandar et de l’Arabie saoudite dans le 11-Septembre, voir Nafeez Mosaddeq Ahmed, « Mille et un 11 septembre », MiddleEastEye.net, 15 septembre 2015 : « [L]es États-Unis savaient que le prince Bandar était lié aux attentats du 11 septembre, selon des fuites dans la presse au sujet des célèbres 28 pages classifiées du rapport de l’enquête du Congrès publié en 2002. Dans son livre Intelligence Matters (2004), le sénateur Bob Graham, vice-président de la commission d’enquête, évoque une note top-secrète de la CIA concernant deux pirates de l’air du 11 septembre, Khalid al-Mihdhar et Nawaf al-Hazmi, qui conclut qu’il y avait “des preuves irréfutables qu’il existe un soutien pour ces terroristes au sein du gouvernement saoudien”. »
  22. Ian Black, « End of an era as Prince Bandar departs Saudi intelligence post», TheGuardian.co.uk, 16 avril 2014.
  23. Joseph Fitsanakis, « Obama authorizes CIA to conduct ‘non-lethal covert action’ in Syria», IntelNews.org, 3 août 2012.
  24. Pour des détails sur ces opérations, voir Chivers et Schmitt, « Arms Airlift to Syria Rebels Expands, With Aid From C.I.A.». Au moment où cet article fut publié, les livraisons d’armes aux rebelles étaient en train de s’intensifier, d’après le New York Times. Seymour Hersh a également révélé un rôle actif du MI6 britannique dans ces opérations, ce qui aurait permis à la CIA d’échapper à la supervision du Congrès (Hersh, « La ligne rouge et celle des rats»). Je reviendrai sur ce point crucial.
  25. A.F., « L’ancien patron de la CIA propose d’enrôler des combattants d’Al-Qaïda contre Daech», LeJDD.fr avec AFP, 2 septembre 2015.
  26. Timm, « If you thought the Isis war couldn’t get any worse, just wait for more of the CIA» (accentuation ajoutée).
  27. Ken Dilanian (The Associated Press), « Officials: CIA-backed Syrian rebels under Russian blitz», MilitaryTimes.com, 10 octobre 2015 (accentuation ajoutée).
  28. Michel Colomès, « Arrêtons de jouer les “bons” contre les “méchants” islamistes», LePoint.fr, 22 octobre 2015 : « On dit souvent que l’histoire bégaie. Obama et Hollande viennent d’en donner un exemple stupéfiant : pris de court le 30 septembre par la décision de Poutine de bombarder tous les ennemis de Bachar el-Assad, sans distinction d’appartenance, ils ont réagi en envoyant des armes à tous les groupes d’opposition au régime syrien, catalogués ou non comme islamistes. Du moment qu’ils combattent Daesh » (accentuation ajoutée).
  29. Greg Miller et Karen DeYoung, « U.S. weighs expanded CIA training, arming of Syrian allies struggling against Assad», WashingtonPost.com, 14 novembre 2014 (accentuation ajoutée).
  30. Ibidem.
  31. Sur son blog, l’ancien ministre des Affaires étrangères Alain Juppé a publié une analyse qui – bien qu’elle déforme le rôle de l’Occident dans le conflit syrien –, a le mérite de souligner que la chute de Bachar el-Assad était bel et bien un objectif stratégique des puissances occidentales. Voir Alain Juppé, « Notre fiasco syrien», Al1Jup.com, 24 octobre 2015.
  32. Black, « End of an era as Prince Bandar departs Saudi intelligence post» : « Le départ de Bandar n’est pas vraiment une surprise. Dans un contexte de tensions sans précédent dans les relations entre Riyad et Washington, il y avait eu des signes indiquant qu’il était tombé en disgrâce et qu’il avait déjà été marginalisé sur la question syrienne (…) “L’approche de Bandar était très ‘tout noir ou tout blanc’”, selon un observateur bien informé. “Et il semble avoir trop promis au roi [Abdallah] en prédisant avec autant de confiance le départ d’el-Assad.” » Concernant les relations épineuses entre Ankara et Washington sur la question de la « ligne rouge » d’Obama, lire l’article de Seymour Hersh, « La ligne rouge et celle des rats».
  33. À la suite de l’intronisation du roi Salmane en Arabie saoudite, ce dernier s’est mis d’accord avec la Turquie et le Qatar pour unifier leurs efforts en Syrie et ainsi créer l’Armée de la Conquête. Voir Mathieu, « Syrie : l’Armée de la conquête sur le chemin de Damas». Selon le journaliste d’investigation Gareth Porter, cette décision politique de mettre en place l’Armée de la Conquête a été « approuvée par les États-Unis ». Voir Porter, « Obama won’t admit the real targets of Russian airstrikes».
  34. Hersh, « La ligne rouge et celle des rats» : « L’ampleur de la coopération des États-Unis avec la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar dans le soutien à l’opposition rebelle en Syrie est encore à découvrir. L’administration Obama n’a jamais admis publiquement son rôle dans la création de ce que la CIA appelle une “ligne de rat” (…) [ou une “enfléchure”, traduction littérale de l’expression “rat line”, c’est-à-dire] une route clandestine vers la Syrie. La “ligne de rat”, autorisée au début de 2012, a été utilisée pour acheminer à l’opposition des armes et des munitions en provenance de la Libye via le Sud de la Turquie et à travers la frontière syrienne. (…) L’opération n’avait pas été divulguée au moment de sa mise en place aux commissions de Renseignement et dirigeants du Congrès, en violation des lois en vigueur depuis les années 1970. L’implication du MI6 a permis à la CIA de se soustraire à la loi en classant sa mission comme une opération de liaison» (accentuation ajoutée).
  35. Ibidem: « Beaucoup de ceux en Syrie qui ont finalement reçu les armes étaient djihadistes, certains affiliés à al-Qaïda. » ; Voir également Winnett, « Syria: 3,500 tons of weapons already sent to rebels, says Lord Ashdown». Cet article rapporte les propos alarmants du parlementaire britannique Lord Ashdown : « “[Les rebelles en Syrie] n’ont pas besoin d’armes. Il n’a pas été démenti que 3 500 tonnes d’armes avaient été livrées depuis la Croatie avec l’aide de la CIA. Financés par les Qataris, financés par les Saoudiens, [ces armements] sont allés presque exclusivement vers les groupes les plus extrémistes”, déclara l’ancien haut représentant international en Bosnie lors d’un débat [parlementaire] » (accentuation ajoutée).
  36. Hersh, « La ligne rouge et celle des rats» : « L’opération n’avait pas été divulguée au moment de sa mise en place aux commissions de Renseignement et dirigeants du Congrès, en violation des lois en vigueur depuis les années 1970. L’implication du MI6 a permis à la CIA de se soustraire à la loi en classant sa mission comme une opération de liaison. L’ancien responsable du Renseignement m’a expliqué que pendant des années il y a eu une exception reconnue dans la loi qui permet à la CIA de ne pas déclarer ses activités de liaison au Congrès. (Toutes les opérations secrètes de la CIA proposées doivent être décrites dans un document écrit et soumis à l’approbation des hauts dirigeants du Congrès) » (accentuation ajoutée).
  37. Maurice Lemoine, « Loi du silence à la CIA», Le Monde Diplomatique, octobre 2009, p.26 : « Depuis sa création par le président Harry Truman, en 1947, les annales de la CIA regorgent de forfaits. Au moment de sa conception, rappelle Tim Weiner, journaliste au New York Times, le brigadier général John Magruder avait tracé la ligne : “Les opérations de renseignement clandestin impliquent d’enfreindre constamment toutes les règles. (…) Pas plus le Pentagone que le département d’État ne [peuvent] prendre le risque de couvrir de telles missions. Un nouveau service d’action clandestine [doit] donc s’en charger.” Allen Dulles, croisé de la guerre froide qui dirigera l’Agence, comme on appelle la CIA, de 1953 à 1961, affina la doctrine : “L’assassinat politique fait partie de notre panoplie (…) si le président l’autorise. Dans ce cas, nous devons tout faire pour préserver un “déni plausible” ; si la CIA est mise en cause dans un homicide à l’étranger, elle doit protéger le président en lui permettant de prétendre tout ignorer de l’opération » (accentuation ajoutée).
  38. Jerome R. Corsi, « Generals Conclude Obama Backed Al-Qaida», 19 janvier 2015, WND.com (accentuation ajoutée). Remarque : WND.com est un site qui n’est pas nécessairement fiable. Néanmoins, le raisonnement de Kevin Shipp – en sa qualité d’ancien expert de la CIA –, me semble pertinent. Et comme nous le verrons, il est corroboré par d’autres sources.
  39. Anne Barnard et Karam Shoumali, « U.S. Weaponry Is Turning Syria Into Proxy War With Russia», NYTimes.com, 12 octobre 2015 (accentuation ajoutée).
  40. Porter, « Obama won’t admit the real targets of Russian airstrikes» (accentuation ajoutée).
  41. Sur la création et le soutien, par l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, d’une coalition de groupes islamistes comprenant al-Qaïda comme l’une de ses principales forces, voire Mathieu, « Syrie : l’Armée de la conquête sur le chemin de Damas».
  42. Liz Sly, « Did U.S. weapons supplied to Syrian rebels draw Russia into the conflict?», WashingtonPost.com, 11 octobre 2015 (accentuation ajoutée).
  43. Nafeez Mosaddeq Ahmed, « La guerre contre l’État islamique : un nouvel épisode de guerre froide», MiddleEastEye.com, 13 octobre 2015 (accentuation ajoutée).
  44. Stewart, « The Consequences of Intervening in Syria».
  45. Voir la note 8. Observation complémentaire : 2013 est l’année de démarrage du programme clandestin et multinational de livraison des missiles antichars TOW à l’insurrection. Voir Barnard et Shoumali, « U.S. Weaponry Is Turning Syria Into Proxy War With Russia».
  46. Timm, « If you thought the Isis war couldn’t get any worse, just wait for more of the CIA» : « Le plus choquant est peut-être de savoir que Barack Obama a lui-même lu l’étude de la CIA, et qu’il a conscience qu’armer les rebelles en Syrie – ou n’importe où ailleurs – était une idée incroyablement dangereuse. Parlant visiblement de cette étude, Obama déclara à David Remnick du New Yorker [en 2014] : “Très tôt dans ce processus, j’ai en fait demandé à la CIA d’analyser des exemples de réussites dans le financement et l’approvisionnement en armes des insurrections. Et ils n’ont pas réussi à m’en donner beaucoup.” » Cette posture « non-interventionniste » d’Obama a été récemment exagérée par certains médias. Voir Johnson, « Down the Memory Hole: NYT Erases CIA’s Efforts to Overthrow Syria’s Government».
  47. Cette coopération inter-agences n’empêche pas des désaccords majeurs entre les gouvernements, notamment du fait de l’hostilité saoudienne aux Frères musulmans soutenus par la Turquie et le Qatar. Elle n’exclut pas non plus des politiques ou des opérations unilatérales, comme celles de la Turquie et d’Israël (Parry, « Should US Ally with Al Qaeda in Syria?»). Néanmoins, malgré des divergences politiques ou tactiques, le but stratégique des principaux acteurs de cette guerre secrète a été de renverser le régime de Bachar el-Assad. Or, la Russie, l’Iran et le Hezbollah se sont opposé à cet objectif commun, qui a été indirectement confirmé par Alain Juppé (cf. note 72). Enfin, de nombreuses sources confirment un rôle central de la CIA dans cette intervention clandestine, bien que nous ne puissions encore déterminer l’ampleur et la nature de cet engagement.
  48. D’après le Washington Post, les forces spéciales et les services secrets occidentaux ont entraîné des rebelles en Libye en 2011, ces derniers ayant été envoyés combattre en Syrie avant de rejoindre al-Qaïda. Voir Mekhennet, « The terrorists fighting us now? We just finished training them». Ces informations semblent corroborer les révélations précoces de l’ancien officier de la CIA Philip Giraldi (cf. note 24).
  49. David Ignatius, « Foreign nations’ proxy war in Syria creates chaos», WashingtonPost.com, 2 octobre 2014 : « “Cette salle d’opérations était le chaos”, selon un membre d’un service de renseignement arabe. Il affirma avoir mis en garde un officier qatari, qui lui répondit : “J’enverrai des armes à al-Qaïda si cela pourra contribuer” à renverser el-Assad. Cette détermination à faire tomber [ce dernier] par tous les moyens possibles et imaginables s’est avérée dangereuse. “Au fil du temps, les factions islamistes sont devenues de plus en plus fortes et imposantes, et l’ASL de plus en plus faible”, d’après cette source. L’engagement saoudien fut mené jusqu’à la fin de l’année 2013 par le prince Bandar ben Sultan, qui était alors le chef des services secrets saoudiens. Bandar était enthousiaste mais indiscipliné, ce qui a alimenté le chaos. » Dans cet article, David Ignatius minimise le rôle de la CIA et de ses alliés occidentaux dans le conflit syrien, et il attribue la responsabilité de ce chaos islamiste à la Turquie et aux pétromonarchies du Golfe.
  50. Maxime Chaix, « La bannière étoilée derrière le drapeau noir », MaximeChaix.info, 20 août 2015 (article initialement publié sur DeDefensa.org).

 

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