La guerre secrete multinationale de la CIA en Syrie et le chaos islamiste (3ème partie et fin)

Par Maxime CHAIX

Une guerre secrète multinationale coordonnée depuis la Jordanie et la Turquie

En août dernier, j’ai étudié les révélations du général Michael Flynn sur Al-Jazeera, en soulignant qu’elles n’avaient pas été relayées par les médias français. (92) Ancien directeur de la DIA, le général Flynn a confirmé qu’en 2012, la Maison Blanche savait que le « noyau dur » de la rébellion en Syrie était extrémiste, et que le soutien multinational à ces groupes pourrait engendrer l’émergence d’un « État Islamique » entre l’Irak et ce pays. (93) Or, le général Flynn n’a pas démenti les accusations du journaliste d’Al-Jazeera, qui affirma à plusieurs reprises durant son interview qu’en 2012, « les États-Unis aidaient [la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite] à coordonner les transferts d’armes vers [des] groupes (…) salafistes, les Frères musulmans [et] al-Qaïda en Irak » afin de déstabiliser la Syrie. (94) Il semble même avoir confirmé ces allégations, qui se basaient sur un rapport déclassifié de la DIA. (95) Sollicité durant l’écriture de cet article, le général Flynn n’a pas répondu à mes demandes de clarification.

Pour contextualiser cette interview, j’avais reproduit un argument clé de Nafeez Mosaddeq Ahmed, selon lequel « la CIA a été directement impliquée dans la gestion de ces réseaux d’approvisionnement rebelles. (…) [D]es responsables américains du renseignement militaire (96) [ont] supervis[é] la fourniture d’armes et l’aide des États du Golfe et de la Turquie [aux rebelles en Syrie], à partir des mêmes centres de commandement opérationnel dans le Sud de la Turquie et en Jordanie, qui continuent d’être coordonnés conjointement par les services de renseignement occidentaux et arabes. » (97) Bien que Nafeez Ahmed soit un spécialiste mondialement reconnu, un ami m’a fait remarquer que cet argument était insuffisamment documenté. Or, dans un article plus récent, le Dr. Ahmed a cité Charles Lister, un expert de la prestigieuse Brookings Institution. En mai dernier, cet analyste confirma que les États-Unis dirigent des opérations de guérilla depuis deux centres de commandement multinationaux en Turquie et en Jordanie. Et d’après cette source crédible, à partir du printemps 2015, les services spéciaux états-uniens ont appuyé directement des forces islamistes :

« En public, la ligne officielle consiste à dire que la stratégie de l’Arabie saoudite, du Qatar et de la Turquie ne finance pas directement le Front al-Nosra, bien que cette coalition géopolitique ait conscience que ce groupe bénéficiera du soutien apporté à des factions islamistes rebelles.

En privé, de nombreux commandants de la rébellion en charge de l’opération (…) menée à Idleb [au printemps 2015] ont déclaré à Charles Lister, [un expert de la] Brookings Institution, “que la salle d’opérations dirigée par les États-Unis au sud de la Turquie, qui coordonne les approvisionnements d’aide létale et non-létale à des groupes d’opposition sélectionnés [par la CIA], a servi à faciliter [l’]engagement [des islamistes] dans cette opération à partir de début avril [2015]. Ces dernières semaines, ce centre de commandement, ainsi qu’un autre en Jordanie, qui couvre le Sud de la Syrie, semblent avoir considérablement intensifié leur aide et leurs transferts de renseignements à des groupes jugés non extrémistes [par la CIA]”.

En d’autres termes, la branche officielle d’al-Qaïda en Syrie, et une autre milice étroitement liée à [cette nébuleuse terroriste], faisaient partie des factions “modérées” et “triées sur le volet” qui ont reçu des armes et du soutien de la part d’États du Golfe et de la Turquie, sous la supervision de personnel des renseignements militaires états-uniens sur le terrain. » (98)

Sollicité durant l’écriture de cette analyse, Nafeez Ahmed m’a indiqué que l’expression « personnel des renseignements militaires » des États-Unis désignait des officiers de la CIA collaborant avec le JSOC, le commandement des opérations spéciales du Pentagone. Ainsi, l’Agence et ses partenaires états-uniens et étrangers ont « facilité » au printemps 2015 les offensives des factions « islamistes » dans la province d’Idleb.

Nafeez Ahmed et Charles Lister désignent en fait l’Armée de la Conquête, une coalition de groupes jihadistes créée et soutenue par le Qatar, l’Arabie saoudite et la Turquie au premier trimestre 2015. (99) Cette milice allie le Front al-Nosra et le groupe Ahrar al-Sham, une force rebelle salafiste fréquemment décrite comme « modérée ». (100) Précédemment, nous avons souligné que cette coalition extrémiste recevait, essentiellement par l’entremise de l’Arabie saoudite, des missiles TOW de fabrication états-unienne – dans le cadre d’un programme clandestin de la CIA. Il semblerait donc que ces livraisons d’armes aient été coordonnées depuis ces « salles d’opérations » en Turquie et en Jordanie. Dans son article, Nafeez Ahmed a rapporté d’autres révélations alarmantes de Charles Lister sur ces politiques profondes : (101)

« “Bien que ces centres d’opérations multinationaux aient d’abord demandé que les bénéficiaires des aides militaires cessent leur coordination directe avec des groupes tels que le Front al-Nosra”, écrivit Lister, “les dynamiques récentes à Idleb nous amènent à un constat différent. En effet, non seulement ces livraisons d’armes à des groupes soi-disant ‘triés sur le volet’ se sont multipliées, mais ces centres de commandement ont spécifiquement encouragé une plus étroite collaboration avec des islamistes commandant les opérations sur le front” [, les missiles TOW étant un élément essentiel de ces offensives (102)]. »

Contacté durant l’écriture de cet article, Charles Lister n’a pas répondu à mes sollicitations, sachant que je lui avais demandé la localisation de ces centres de commandement multinationaux. Néanmoins, la base opérationnelle de la CIA en Jordanie est située à Amman, selon différentes sources de la presse grand public, dont le New York Times. (103) À ma connaissance, l’existence de ce centre de commandement – plus connu sous l’acronyme MOC, pour Military Operations Center –, avait été révélée en décembre 2013. (104)

De plus, nous savons depuis juillet 2012 qu’une autre salle d’opérations multinationale avait été mise en place dans la ville d’Adana, au sud de la Turquie. (105)  Par la suite, deux autres centres de ce type ont été créés à Istanbul puis à Ankara. (106) Or, sachant que Monsieur Lister a fait référence à une « salle d’opérations dirigée par les États-Unis au sud de la Turquie », il est possible que ce « centre névralgique » soit celui d’Adana – ville qui abrite également une base aérienne de l’OTAN. Par ailleurs, bien que la CIA soit officiellement en charge de superviser les opérations clandestines des États-Unis en Syrie, des forces spéciales et des services secrets occidentaux participent à ce conflit de l’ombre, en étroite collaboration avec leurs homologues turcs, qataris, saoudiens, jordaniens et israéliens – voire avec d’autres agences. (107) Depuis 2013, cet engagement profond de la CIA et de ses alliés dans la guerre civile en Syrie s’est considérablement intensifié, et nous commençons tout juste à en mesurer l’ampleur. (108)

En Syrie, « l’une des plus grandes opérations clandestines » de la CIA

Contrairement au mythe de l’« inaction » occidentale contre le régime de Bachar el-Assad, la CIA a été massivement impliquée en Syrie, dans le cadre d’une intervention clandestine subventionnée par des budgets classifiés, mais également étrangers. Or, ces financements extérieurs et les milliards de dollars qu’ils mobilisent ne sont pas supervisés par le Congrès US, cette institution n’ayant pas le pouvoir d’exercer son contrôle sur des politiques ou des budgets étrangers. (109) Selon le Washington Post, ce programme de la CIA a été cofinancé par le gouvernement des États-Unis à hauteur d’environ un milliard de dollars par an depuis 2013 ; et cette politique s’est inscrite jusqu’à présent dans un « effort de plusieurs milliards de dollars impliquant l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie », officiellement pour soutenir une coalition « modérée » depuis la Jordanie. (110)

Or, comme l’avons vu précédemment, de telles opérations sont également coordonnées par la CIA depuis le Sud de la Turquie, et elles impliquent actuellement les milices extrémistes de l’Armée de la Conquête. Le Washington Post n’a pas fait le lien avec ces actions dans le Nord de la Syrie, mais il a confirmé le caractère multinational de l’intervention de la CIA. Essentiellement, le volume de dépenses avancé par ce journal tend à confirmer une véritable guerre secrète, qui implique notamment « la gestion d’un vaste réseau logistique utilisé pour déplacer des combattants, des munitions et des armes à travers [la Syrie]. » Voici donc un extrait de cet important article :

« Récemment, la Commission de la Chambre des Représentants sur le Renseignement a voté à l’unanimité pour supprimer jusqu’à 20 % des fonds classifiés alimentant un programme [secret] de la CIA, que certains hauts responsables états-uniens ont décrit comme l’une des plus grandes opérations clandestines de l’Agence, dotée d’un budget avoisinant le milliard de dollars par an. (…) Le coût de ce programme de la CIA n’avait pas été dévoilé auparavant ; et ces chiffres nous montrent à quel point l’attention et les ressources de l’Agence ont été redirigées vers la Syrie. Financées à hauteur d’un milliard de dollars [par an], les opérations liées à ce pays représentent un dollar sur quinze dans le budget général de la CIA, à en juger par les niveaux de dépenses révélés dans des documents obtenus par le Washington Post grâce à l’ancien consultant des renseignements états-uniens Edward Snowden. (…)

La CIA a refusé de commenter ce programme et son budget. Mais des hauts responsables états-uniens ont défendu l’ampleur de ces dépenses, déclarant que cet argent finançait bien plus que des salaires et des armes, et qu’il entrait dans le cadre d’un plus vaste effort de plusieurs milliards de dollars impliquant l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie pour soutenir une coalition de milices regroupées sous le nom de “Front du Sud” de l’Armée Syrienne Libre.

La majorité de cet argent dépensé par la CIA est dédiée au fonctionnement de camps d’entraînements secrets en Jordanie, à la collecte de renseignements pour soutenir les opérations des milices appuyées par l’Agence, ainsi qu’à la gestion d’un vaste réseau logistique utilisé pour déplacer des combattants, des munitions et des armes à travers ce pays. » (111)

Comme je l’ai indiqué précédemment, les articles de presse et les déclarations publiques sur l’implication de la CIA en Syrie en ont presque systématiquement minimisé l’ampleur. (112) Or, cet engagement a été récemment décrit par le Washington Post comme l’une des priorités budgétaires de l’Agence. Et comme l’a révélé cet article, un nombre indéterminé de milliards de dollars provenant de « l’Arabie saoudite, [du] Qatar et [de] la Turquie » cofinancent ce programme. Il est néanmoins surprenant que le Post ait attribué ces budgets au seul soutien d’« une coalition de milices regroupées sous le nom de “Front du Sud” de l’Armée Syrienne Libre », tout en évoquant un « un vaste réseau logistique utilisé pour déplacer des combattants, des munitions et des armes à travers [la Syrie] ». (113) Par ailleurs, cet article n’évoque pas le centre de commandement de la CIA basé au sud de la Turquie, dont nous avons étudié les opérations récentes impliquant al-Qaïda. Contactés durant l’écriture de cette analyse, les deux journalistes à l’origine de ces révélations du Washington Post n’ont pas répondu à mes demandes.

Néanmoins, leurs informations nous confirment l’existence d’une opération clandestine de grande ampleur, qui implique les trois États notoirement connus pour soutenir les groupes extrémistes dans ce conflit. Loin de nous permettre d’en tirer des conclusions définitives, ces révélations soulèvent des questions dérangeantes sur les politiques profondes de la CIA et de ses alliés en Syrie, en particulier si l’on prend en compte la doctrine du « déni plausible » étudiée précédemment.

Les précédents afghans et nicaraguayens

Récemment, la collaboration du MI6 avec des groupes jihadistes en Syrie a été reconnue par la justice britannique. (114) Dans l’Hexagone, deux députés de l’opposition ont dénoncé le rôle trouble des services spéciaux français dans ce conflit, l’un d’entre eux ayant même déclaré que « la France soutient al-Qaïda en Syrie ». (115) En janvier 2012, « trois mois et demi après que l’administration [Obama] eut annoncé pour la première fois une “aide non-létale” à l’opposition [en Syrie], la CIA commença à faciliter des livraisons aéroportées d’armements à la rébellion. En mars 2013, 160 vols étaient recensés et “environ 3,500 tonnes d’équipement militaire” avaient été livrés aux rebelles. La CIA aida les “gouvernements arabes à acheter ces armes”, et “enquêta sur les commandants rebelles et leurs groupes afin de déterminer lesquels devaient recevoir ces armements lorsqu’ils arrivaient à destination.” » (116)

Or, quelques mois après ces révélations, le parlementaire britannique Lord Ashdown dénonça le fait que ces armements livrés « avec l’aide » de la CIA étaient destinés à des jihadistes en Syrie. D’après lui, « “[ces rebelles] n’ont pas besoin d’armes. Il n’a pas été démenti que 3 500 tonnes d’armes avaient été livrées depuis la Croatie avec l’aide de la CIA. Financés par les Qataris, financés par les Saoudiens, [ces armements] sont allés presque exclusivement vers les groupes les plus extrémistes”, déclara l’ancien haut représentant international en Bosnie lors d’un débat [parlementaire]. » (117)

Ainsi, à partir de l’année 2012, nous pouvions déjà parler d’une intervention clandestine multinationale à grande échelle – sur le modèle de l’Afghanistan dans les années 1980. En janvier 2013, le principal expert en terrorisme de la « CIA privée » Stratfor déclara que « le niveau d’ingérence extérieure en Syrie [était] comparable à celui observé contre l’URSS et ses alliés communistes à la suite de l’intervention soviétique en Afghanistan. Les soutiens étrangers [– désignés comme étant “les États-Unis, la Turquie, l’Arabie saoudite, le Qatar et des États européens” –,] fournissent non seulement des entraînements, des renseignements et de l’aide, mais également des armes – des armes exogènes qui rendent évidents ces approvisionnements extérieurs. Par ailleurs, il est intéressant de constater que deux des principaux soutiens externes en Syrie sont Washington et Riyad, bien qu’ils soient alliés dans ce pays avec des puissances régionales telles que la Turquie, la Jordanie, le Qatar et les Émirats Arabes Unis, plutôt qu’avec le Pakistan [– en référence à la guerre secrète de la CIA, de l’ISI pakistanaise et du GID saoudien en Afghanistan dans les années 1980]. » (118)

Ainsi, dès le début de l’année 2013, l’une des principales firmes mondiales de renseignement privé comparait cet ensemble d’actions clandestines en Syrie à la guerre secrète menée par la CIA en Afghanistan dans les années 1980. Or, ces opérations se sont intensifiées cette même année 2013, lorsque la Maison Blanche a révélé à la presse le lancement d’un programme de soutien « létal » à l’insurrection, et ce malgré les mises en garde des juristes de la présidence. En effet, selon The New Republic, « l’administration Obama envisagea d’armer et d’entraîner des rebelles syriens [officiellement en 2013]. (119) À cette époque, les conseillers juridiques de la Maison Blanche incitèrent le Président Obama à agir discrètement, car cette politique pouvait potentiellement violer le Droit international. Bien qu’Obama en appelait fréquemment au départ de Bachar el-Assad, les États-Unis n’étaient pas en guerre contre la Syrie. El-Assad était encore le leader souverain de ce pays, et aider les rebelles reviendrait à soutenir une insurrection. Ces juristes mirent en garde [l’administration Obama] sur le fait que cette intervention s’apparenterait à la politique de soutien des Contras menée sous la présidence Reagan dans les années 1980 – une [intervention] que la Cour Internationale de Justice qualifia de “violation [des] obligations internationales [des États-Unis,] en vertu des normes coutumières du Droit international imposant de ne pas s’ingérer dans les affaires intérieures d’un autre État.” Par conséquent, Obama a discrètement œuvré via la CIAqui collaborait avec des alliés du Golfe tels que le Qatar et l’Arabie saoudite. » (120)

Cette discrétion de l’administration Obama tend à expliquer la confusion qui règne autour de cette guerre secrète, qui est donc illégale par essence. À l’image des opérations de la CIA au Nicaragua, en Afghanistan et dans bien d’autres pays, la vérité historique sur ces interventions clandestines sera difficile à établir. (121) À l’heure actuelle, l’ampleur et la nature de l’engagement de l’Agence et de ses partenaires en Syrie restent impossibles à déterminer. Cette confusion a été alimentée par les innombrables déclarations trompeuses des États-Unis et de leurs alliés occidentaux sur les aides accordées à l’insurrection, qui se limitaient officiellement à un soutien « non-létal » de l’insurrection – du moins jusqu’à l’automne 2013 et le revirement inattendu du Président Obama. Quoi qu’il en soit, cette guerre secrète multinationale reste une guerre à part entière – déstabilisante, insidieuse, ultraviolente et meurtrière. De ce fait, les gouvernements occidentaux qui l’ont alimentée ne peuvent continuer de fuir leur coresponsabilité dans ce drame, en accablant aussi bien leurs ennemis syriens, russes et iraniens que leurs alliés turcs et pétromonarchiques. (122)

La diplomatie doit et peut triompher des politiques profondes

À travers les informations analysées dans cet article, j’ai tenté de démonter la persistance et l’intensification, depuis 2011, d’une guerre secrète multinationale en Syrie. Cette intervention clandestine a impliqué des États occidentaux et moyen-orientaux, ces derniers appuyant ostensiblement des milices jihadistes. (123) D’après différentes sources, cette guerre secrète de la CIA a été coordonnée jusqu’à présent depuis deux centres de commandement dirigés par les États-Unis, et elle pourrait être la principale raison de l’intervention russe. (124) Par ailleurs, comme nous l’avons démontré, la « modération » des principales forces soutenues par les puissances occidentales et leurs partenaires en Syrie est une notion de plus en plus discutable. Quoi qu’il en soit, ces politiques profondes ont alimenté décisivement un chaos islamiste qui s’est imposé comme l’une des premières menaces globales. (125) Dans ce contexte périlleux, sachant que la Russie tente d’enrayer militairement ce processus, il faut impérativement éviter que les Syriens ne subissent un état de guerre permanent, à l’instar des Afghans depuis le lancement de la guerre secrète de la CIA en 1978. (126) En Occident, d’anciens militaires de haut rang, comme le général Vincent Desportes ou le général Michael Flynn, ont décrit l’intervention russe en Syrie comme une démarche qu’il fallait soutenir pour contrer le péril islamiste. (127)

Par conséquent, il est indispensable d’expliquer à l’opinion publique qu’aujourd’hui, les puissances occidentales et leurs alliés soutiennent en priorité l’Armée de la Conquête – une coalition extrémiste coagulée autour d’al-Qaïda. Et il nous faut comprendre que la démarche russe, certes non dénuée d’intérêts, vise avant tout à empêcher la destruction complète de l’État syrien et le chaos islamiste encouragé par les politiques profondes de la CIA et de ses alliés. En particulier, il faut nous libérer du manichéisme imposé par les médias et saisir enfin toute la complexité de la situation tragique que subit le peuple syrien. En effet, bien que Bachar el-Assad, soutenu dès le début de cette guerre civile par Moscou et Téhéran, partage une lourde responsabilité dans ce drame humain, le dénoncer comme étant la seule et unique cause des exodes massifs et des centaines de milliers de morts engendrés par ce conflit brutal est une dangereuse illusion. (128) D’après l’ancien ambassadeur belge en Syrie Philippe Jottard,

« [o]n compte quatre à cinq millions de réfugiés installés dans les pays limitrophes de la Syrie. Ceux d’entre eux qui prennent la route de l’Europe proviennent pour une part, mais pas seulement, de Turquie après qu’ils aient été chassés de chez eux par les combats. L’opposition en rend responsable les bombardements aériens menés par l’armée sur les zones rebelles alors que, selon Bachar el-Assad, les Occidentaux sont seuls responsables de la crise des migrants en raison de leur soutien au “terrorisme”. Quant aux déplacés internes qui constituent la moitié de la population restée au pays (soit huit millions et demi de déplacés), ils se sont réfugiés dans les zones gouvernementales devant l’avance des groupes rebelles. Ceci n’en fait pas nécessairement des partisans de Bachar el-Assad, mais à choisir ils préfèrent la sécurité fournie par l’armée régulière. Environ 60% de la population totale se trouvent encore dans les territoires sous contrôle du régime. Les revers récents subis par les forces loyalistes affaiblies par plus de quatre ans de guerre en dépit de l’aide fournie par leurs alliés russes, iraniens, chiites irakiens et libanais font craindre non pas leur effondrement, mais que des avancées majeures des rebelles terrifient la population et lancent une partie de celle-ci sur les routes de l’exil. » (129)

La réalité syrienne est donc bien plus complexe que ne l’affirment les promoteurs intransigeants d’un renversement de Bachar el-Assad, alors que les politiques profondes de la CIA et de ses alliés appuient al-Qaïda en Syrie. À la suite des premières frappes russes contre cette organisation, les gouvernements des États-Unis, de la France, de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne ont cosigné une déclaration commune avec le Qatar, la Turquie et l’Arabie saoudite. (130) Or, nous avons vu que ces trois États sont à l’origine de la création de l’Armée de la Conquête en Syrie – une politique discrètement approuvée et soutenue par Washington. (131) Comme nous l’avons indiqué, il s’agit d’une coalition de milices liées ou affiliées à al-Qaïda, qui constituait depuis le printemps dernier la principale menace contre le régime el-Assad. (132) Essentiellement, le fait que ce communiqué associe les quatre premières puissances occidentales avec les trois États unanimement désignés comme les soutiens d’al-Qaïda en Syrie a choqué bien peu d’observateurs, alors que les États-Unis et leurs alliés sont censés être en guerre globale contre cette organisation depuis le 11-Septembre. Ainsi, il ne semble pas illégitime de se demander pourquoi ces gouvernements n’ont-ils pas appelé Moscou à frapper al-Qaïda dans leur déclaration commune. Si l’on considère que la CIA mène une guerre secrète multinationale qui renforce la branche syrienne de cette nébuleuse terroriste, la réponse est sans équivoque.

Dans ce contexte, entre le chaos islamiste et la dictature, plusieurs millions de Syriens ont fait leur choix, sans nécessairement être des partisans de Bachar el-Assad. Ne pas prendre en compte cette réalité et amplifier la guerre secrète en Syrie reviendrait certes à combattre un régime criminel, mais surtout à favoriser la prise de Damas par des forces islamistes d’une puissance et d’une dangerosité sans précédent. Désignant Daech comme « l’ennemi numéro un », l’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine a rappelé « qu’au moment de combattre Hitler, il [avait] fallu s’allier avec Staline ». (133) Il faut donc espérer que les dirigeants occidentaux fassent preuve de la même sagesse, et qu’ils comprennent qu’intensifier leur engagement clandestin en Syrie pour faire échec aux Russes et aux Iraniens serait une grave erreur. (134) Alors que les principaux acteurs de ce conflit se réunissent à Vienne, et que l’Arabie saoudite a accepté pour la première fois que l’Iran participe aux négociations, la diplomatie doit et peut triompher des politiques profondes. (135)

Maxime Chaix

http://maximechaix.info

Notes

  1. Ibidem. Quelques semaines après la parution de mon article sur ce sujet, le grand reporter Régis Le Sommier a parlé de ces aveux du général Flynn dans son intéressante analyse citée précédemment (Voir Le Sommier, « Pourquoi Daech est là pour durer»). Dans cet article, Monsieur Le Sommier fait l’analogie entre le soutien des moudjahidines en Afghanistan dans les années 1980 et la guerre secrète actuelle en Syrie.
  2. Ibidem.
  3. Dans le contexte de cette interview, le présentateur d’Al-Jazeera parlait d’une politique commune des États-Unis et de leurs alliés pétromonarchiques, turcs et occidentaux, qui était citée plusieurs fois dans un document secret de la DIA transmis à l’administration Obama en 2012 – dont le général Flynn confirma la pertinence et l’authenticité. En d’autres termes, la montée en puissance de Daech et du Front al-Nosra dans le conflit syrien   semble être, en partie, la conséquence directe d’une guerre secrète multinationale, qui visait à renverser le régime el-Assad. Et le général Flynn déclara avoir tenté de dissuader l’administration Obama de poursuivre cette politique profonde. Voir Chaix, « La bannière étoilée derrière le drapeau noir».
  4. D’après le général Flynn, l’administration Obama aurait ignoré les mises en garde répétées de la DIA, prenant la « décision délibérée de faire ce qu’ils font ». Quiconque n’a pas conscience de l’implication clandestine des États-Unis dans ce conflit ne peut comprendre cette phrase. Or, sachant que le général Flynn est l’ancien chef de la DIA, « ce qu’ils font » semble faire référence au soutien clandestin et multinational de l’insurrection en Syrie par la CIA et ses partenaires – la politique d’Obama dans ce pays étant qualifiée par Michael Flynn de « très, très troublante ». Voir Chaix, « La bannière étoilée derrière le drapeau noir».
  5. Sollicité durant l’écriture de cette analyse, Nafeez Ahmed m’a indiqué que l’expression « responsables américains du renseignement militaire » désignait des officiers de la CIA collaborant avec le JSOC, le commandement des opérations spéciales du Pentagone.
  6. Ahmed, « Ennemis perpétuels : comment les États-Unis soutiennent Daech en le combattant» : Joe Biden a même admis que ce financement était allé à al-Qaïda en Irak, qui a élargi ses opérations en Syrie en vertu de la stratégie secrète anti-Assad – avant de se métamorphoser en Daech (…) Mais la revendication de Joe Biden [selon laquelle] “nous ne pouvions pas convaincre nos collègues [turcs, qataris et saoudiens] de cesser de les approvisionner” dissimule le fait que la CIA a été directement impliquée dans la gestion de ces réseaux d’approvisionnement rebelles. »
  7. Ibidem. NB : Sachant que j’avais traduit ce passage avant la parution en français de cet article de Nafeez Ahmed, j’ai reproduis ma propre traduction dans la présente analyse.
  8. Cette coalition a été créée après l’intronisation du roi Salmane, c’est-à-dire à partir de janvier 2015. Voir Mathieu, « Syrie : l’Armée de la conquête sur le chemin de Damas». Selon le journaliste Gareth Porter, « [l]a campagne d’Idleb [au printemps 2015] a été une conséquence directe d’une décision politique de l’Arabie saoudite et du Qatar – approuvée par les États-Unis –, de soutenir la création de l’“Armée de la Conquête” et de lui fournir du nouveau matériel militaire, qui fut un facteur crucial dans cette campagne : le missile antichar TOW. » (Porter, « Obama won’t admit the real targets of Russian airstrikes»).
  9. Robert S. Ford, l’ancien ambassadeur des États-Unis à Damas, a récemment défendu la nécessité d’établir un « dialogue » avec les salafistes d’Ahrar al-Sham, dont il a fait explicitement l’apologie. Voir Robert S. Ford et Ali El Yassir, « Yes, Talk with Syria’s Ahrar al-Sham», MEI.edu, 15 juillet 2015.
  10. Ahmed, « Ennemis perpétuels : comment les États-Unis soutiennent Daech en le combattant» (NB : Même remarque que dans la note 98 concernant la traduction originale de cet article, que j’ai remplacée par la mienne dans la présente analyse.) Charles Lister nous offre une hypothèse intéressante pour expliquer les raisons de ce soutien direct, par les services spéciaux états-uniens et leurs partenaires, de factions islamistes liées ou affiliées à al-Qaïda : « L’explication la plus plausible pour une telle [politique profonde] est la pression exercée par la nouvelle alliance régionale nouée entre la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar. Par ailleurs, les États-Unis cherchent à prouver leur alignement continuel avec leurs alliés traditionnels du golfe Persique, dans le plus vaste contexte de leur rapprochement avec l’Iran.” » Néanmoins, contrairement à Monsieur Lister, ce soutien direct et multinational ne me semble pas être une nouveauté, comme j’ai tenté de le démontrer dans cet article.
  11. Voir note 99.
  12. Hubbard, « Warily, Jordan Assists Rebels in Syrian War» : « Lorsque les rebelles veulent retourner combattre en Syrie, les services secrets jordaniens leur donnent des créneaux spécifiques pour franchir sa frontière. Lorsqu[’ils] ont besoin d’armes, ils les demandent à une “salle d’opérations” à Amman où opèrent des agents de la Jordanie, de l’Arabie saoudite et des États-Unis. Ce centre coordonne également un programme de la CIA visant à entraîner des rebelles, qui fut autorisé par le Président Obama au mois d’avril [2013].»
  13. Sands et Maayeh, « Syrian rebels get arms and advice through secret command centre in Amman». Cf. note 5.
  14. « Obama signs secret order to aid Syria rebels», AlJazeera.com, 18 novembre 2013 : « Une source gouvernementale états-unienne a admis que, en vertu d’un ordre présidentiel, les États-Unis collaboraient avec un centre de commandement secret géré par la Turquie et ses alliés. La semaine dernière, Reuters a rapporté que la Turquie, ainsi que l’Arabie saoudite et le Qatar, avaient établi une base secrète près de la frontière syrienne afin d’offrir un soutien vital (…) aux opposants à Bachar el-Assad. Ce “centre névralgique” est basé à Adana, une ville du Sud de la Turquie située à environ 100 km de la frontière syrienne, qui abrite également İncirlik, une base aérienne US où les services secrets et l’armée des États-Unis maintiennent une importante présence. » ; Voir également Fitsanakis, « Obama authorizes CIA to conduct ‘non-lethal covert action’ in Syria» : « L’article de Reuters confirme des informations indiquant que le “centre névralgique” des opérations de la CIA dans et autour de la Syrie est situé dans à Adana, au sud de la Turquie – une ville qui abrite également İncirlik, une base aérienne de l’OTAN dirigée par les États-Unis. »
  15. Ignatius, « Foreign nations’ proxy war in Syria creates chaos» : « Les efforts extérieurs visant à armer et entraîner les rebelles syriens commencèrent il y a plus de 2 ans à Istanbul, où un “centre d’opérations militaires” fut créé, d’abord dans un hôtel près de l’aéroport. (…) Espérant s’assurer le contrôle du front du Nord, la Turquie créa un nouveau centre d’opérations à Ankara, qui est connu sous l’acronyme “MOM”, ses initiales turques. »
  16. Voir la note 5.
  17. Voir notamment Hubbard, « Warily, Jordan Assists Rebels in Syrian War» : « Lorsque les rebelles ont besoin d’armes, ils les demandent à une “salle d’opérations” à Amman où opèrent des agents de la Jordanie, de l’Arabie saoudite et des États-Unis. Ce centre coordonne également un programme de la CIA visant à entraîner des rebelles, qui fut autorisé par le Président Obama au mois d’avril [2013]. Il était censé former 380 combattants et leur fournir des fusils d’assaut, des munitions et des armes antichars, afin qu’ils puissent retourner en Syrie pour entraîner leurs collègues. Mais des responsables et des leaders rebelles ont affirmé que le programme est en réalité bien plus restreint» (accentuation ajoutée). Comme dans l’immense majorité des analyses sur ce sujet, cet article minimise de façon suspecte l’ampleur de ce programme. Or, entre juin et octobre 2015, la presse a révélé que la CIA s’était engagée depuis 2013 dans 1) la fourniture massive de missiles TOW à l’insurrection ; 2) un « effort » de plusieurs milliards de dollars de la Turquie et des pays du Golfe complétant le milliard annuel de l’Agence pour ses opérations multinationales coordonnées en Jordanie ; 3) la formation d’au moins 10 000 combattants. Ces révélations confirment que l’ampleur réelle de la guerre secrète de la CIA en Syrie a été dissimulée par les autorités, notamment grâce à des articles de presse trompeurs comme celui qui est analysé dans cette note.
  18. Comme nous l’avons vu précédemment (note 77), la CIA peut échapper à la supervision du Congrès des États-Unis grâce à la classification d’opérations de liaison impliquant des partenaires étrangers. Du fait de leur aspect multinational, nous ne connaissons pas clairement le cadre des opérations de la CIA en Syrie. Néanmoins, puisqu’il s’agit de budgets étrangers, le Congrès ne peut pas contrôler le « plus vaste effort de plusieurs milliards de dollars impliquant l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie » révélé par le Washington Post dans son article de juin 2015 (Miller et DeYoung, « Secret CIA effort in Syria faces large funding cut»).
  19. Chovanec, « Why We Must Not Arm Even One More Syrian Rebel» : « Actuellement, [l]e label [“modéré”] est appliqué au Front du Sud, qui est salué comme la nouvelle force modérée que les États-Unis peuvent soutenir moralement [et matériellement]. Néanmoins, cette milice est financée et appuyée par le Military Operations Center (MOC) à Amman, qui regroupe des agents des États-Unis, de la Jordanie, de l’Arabie saoudite, des Émirats Arabes Unis et d’autres gouvernements anti-Assad. Et selon l’expert de la Syrie Aron Lund, l’“adoption d’arguments fournis par le MOC” sur la modération des membres de cette alliance est probablement “plus opportuniste que sincère”. »
  20. Miller et DeYoung, « Secret CIA effort in Syria faces large funding cut».
  21. Veldkamp, « How to Understand Those 60 Trainees». Voir également la note 108.
  22. Selon l’universitaire Joel Veldkamp, « [l]’ampleur de l’aide matérielle qui aurait été livrée à l’opposition armée en Syrie par les États-Unis et leurs alliés (…) ridiculise tout ce qui a été décrit dans les déclarations publiques du gouvernement [US]. En février 2014, The National, un journal d’Abou Dhabi, a rapporté que les États du Golfe – avec l’aide logistique des services secrets états-uniens –, avaient livré pour 1,2 milliard de dollars en armes et en équipements aux rebelles en Syrie rien que depuis juillet 2013 : “Ce chiffre devrait atteindre 2 milliards, puisque l’Arabie saoudite, qui d’après les rebelles supervise ces financements, compte injecter entre 400 et 800 millions de dollars supplémentaires au cours des prochains mois.” De tels chiffres doivent être accueillis avec prudence, mais l’ampleur de l’insurrection en Syrie donne de la crédibilité à ces sommes » (Veldkamp, « How to Understand Those 60 Trainees» [accentuation ajoutée]). Ces financements – qui ne se limitent pas au Sud de la Syrie –, sont-ils inclus dans le « plus vaste effort de plusieurs milliards de dollars impliquant l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie » révélé par le Washington Post?
  23. Richard Norton-Taylor, « Terror trial collapses after fears of deep embarrassment to security services», TheGuardian.co.uk, 1er juin 2015 : « Les poursuites judiciaires contre un citoyen suédois accusé d’activités terroristes en Syrie ont été abandonnées à Old Bailey [, c’est-à-dire à la Haute Cour criminelle,] du fait que les agences britanniques de renseignement et de sécurité auraient été profondément embarrassées si le procès avait continué, révèle le Guardian. Les avocats de l’accusé ont démontré que les services spéciaux britanniques soutenaient les mêmes groupes d’opposition que lui, et qu’ils avaient pris part à une opération clandestine de fourniture d’armes et d’aide non-létale à ces factions (…) [L’accusé] avait combattu au sein du Front al-Nosra, un “groupe interdit qui est considéré comme étant al-Qaïda en Syrie”. Il avait été photographié se tenant au-dessus de plusieurs cadavres avec son doigt pointé vers le ciel”. Pour prouver le soutien du MI6 à des groupes extrémistes en Syrie, la défense s’est notamment basée sur l’article de Seymour Hersh, « La ligne rouge et celle des rats».
  24. Chaix, « Selon le député Claude Goasguen, “la France soutient al-Qaïda en Syrie”». Voir également la note 14.
  25. Veldkamp, « How to Understand Those 60 Trainees».
  26. Winnett, « Syria: 3,500 tons of weapons already sent to rebels, says Lord Ashdown».
  27. Stewart, « The Consequences of Intervening in Syria».
  28. Comme nous l’avons vu, Hillary Clinton a affirmé que le Président Obama avait refusé d’armer les rebelles en Syrie. Voir « I Wanted to Arm Syrian Rebels, but Obama Refused». Or, selon Madame Clinton, ce refus date de 2012, c’est-à-dire lorsqu’elle était secrétaire d’État. Néanmoins, la journaliste qui a écrit cet article de New Republic affirme qu’Obama a envisagé d’armer les rebelles en 2013.
  29. Jessica Schulberg, « Obama’s Going to Arm the Syrian Rebels? He’s Already Been Doing It Covertly for Over a Year», NewRepublic.com, 11 septembre 2014.
  30. Concernant les politiques profondes de l’affaire Iran-Contra, voir la première partie de l’article de Peter Dale Scott, « Le réseau gouvernemental occulte liant l’assassinat de JFK, le Watergate, l’Irangate et le 11-Septembre», VoltaireNet.org, 7 mai 2015.
  31. Arefi, « Les forces en présence sur le territoire syrien». Nous avons vu que, dans cet article, la CIA et les services spéciaux occidentaux ne sont pas même évoqués parmi « les forces en présence sur le territoire syrien ». Or, j’ai souligné que de nombreuses autres sources refoulent ou minimisent cette intervention clandestine multinationale de la CIA, dont des médias importants et des hauts responsables politiques.
  32. Sur la création et le soutien, par l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, d’une coalition de groupes islamistes comprenant al-Qaïda comme l’une de ses principales forces, voire Mathieu, « Syrie : l’Armée de la conquête sur le chemin de Damas» ; « General Dempsey aknowledges U.S. Arab allies funding ISIS» : « Sénateur Lindsey Graham : “Connaissez-vous un allié arabe de premier plan qui embrasse la cause de l’EIIL [, c’est-à-dire Daech] ?” Général Martin Dempsey : “Je sais que des alliés arabes de premier plan les financent…” » ; Leser, « Sans la Turquie, Daech n’existerait pas » ; « Le Qatar : “valet des Américains” ou “club Med des terroristes” ? » ; etc.
  33. Sly, « Did U.S. weapons supplied to Syrian rebels draw Russia into the conflict?» : « Les missiles antichars états-uniens fournis au rebelles syriens ont une grande influence dans la conduite de cette guerre – ce qui était inattendu. De ce fait, ce conflit ressemble à une guerre par procuration entre les États-Unis et la Russie, bien que le Président Obama ait exprimé le souhait d’éviter cette issue. (…) “L’un des principaux facteurs dans le calcul de la Russie a été la prise de conscience que le régime el-Assad était en train de s’affaiblir militairement, et qu’il risquait de perdre du terrain au nord-ouest de la Syria. Les missiles TOW ont joué un rôle démesuré dans cela”, d’après Oubai Shahbandar, un consultant basé à Dubaï qui a travaillé avec l’opposition syrienne [et le Pentagone].” Voir également Adam Entous, « U.S. Sees Russian Drive Against CIA-Backed Rebels in Syria», WSJ.com, 5 octobre 2015 : « La Russie a ciblé des groupes rebelles syriens soutenus par la CIA dans une série de frappes aériennes menées depuis plusieurs jours, ce qui a conduit les États-Unis à conclure qu’il s’agit d’une démarche intentionnelle de la part de Moscou, d’après des hauts responsables états-uniens. »
  34. Fred Kaplan, « Une alliance avec la Russie et l’Iran contre Daech est devenue inévitable», Slate.fr, 29 septembre 2015 : « Dans son discours aux Nations unies, Obama a tenté de jouer sur les deux tableaux. Il a rejeté l’idée que combattre le terrorisme pourrait avoir pour effet de soutenir des “tyrans comme Bachar el-Assad, qui a largué des bombes pour massacrer des enfants innocents” au motif que “l’alternative est probablement pire”. C’est pour cette idée qu’avec d’autres, bon gré mal gré, il vient d’accepter. Obama et certains de ses alliés pensent que Daech est pire qu’Assad; et si l’écrasement de Daech implique le départ d’Assad à long terme (afin de priver les djihadistes d’un de leurs principaux cris de ralliement), il est probablement souhaitable de le soutenir à court terme –pour éviter un effondrement de la Syrie. »
  35. Scott, La Route vers le nouveau désordre mondial, p.174 : « Dans les années 1980, les Soviétiques se sont heurtés dès le départ à l’opposition des moudjahidines (appelés “combattants de la liberté” à Washington et “terroristes” à Moscou), qui furent armés, financés et entraînés dès 1978 – peut-être même plus tôt – par les services secrets combinés du Pakistan, de l’Arabie saoudite et la CIA » (accentuation ajoutée).
  36. « Le général Flynn passe à l’Est», DeDefensa.org, 6 octobre 2015 : « [À] l’audition de ce que nous dit Flynn, on comprend nombre des observations qu’on vient de faire. L’ancien directeur de la DIA expose une position de quasi-complet soutien à la décision russe d’intervenir en Syrie. Il le fait en mettant en évidence des arguments qui sont complètement ignorés à Washington (…) : essentiellement, que la Russie est une grande puissance, qu’il est normal qu’elle ait sa politique extérieure et ses intérêts de sécurité nationale propre, que son intervention répond au fait qu’une “ligne rouge” a été franchie dans la situation en Syrie sous la forme de l’entraînement, de l’équipement et du déploiement d’un très fort contingent de terroristes venus des communautés musulmanes russes, essentiellement tchétchènes (…). Une telle compréhension et une telle prise en compte des arguments russes est extrêmement rare à Washington, surtout chez un militaire ayant occupé un poste comme celui de directeur de la DIA jusqu’en août 2014, c’est-à-dire un temps où la Russie était devenu l’“ennemi mondial n°1” du tout-Washington. » ; « Vincent Desportes : “La Russie est un allié objectif de la sécurité des Français”», FranceInter.fr, 29 octobre 2015.
  37. Certains faiseurs d’opinion, comme Bernard Kouchner, nient toute coresponsabilité occidentale dans le drame syrien. Voir Chaix, « Non, Bernard Kouchner, Bachar el-Assad n’a pas “assassiné 230 000, 250 000 Syriens”».
  38. Philippe Jottard, « Syrie : “Il est trop commode de dénoncer uniquement la ‘monstruosité’ de Bachar el-Assad ou la barbarie de l’EI”», LeVif.be, 24 septembre 2015. Sans donner de chiffres précis, l’expert de la Syrie Fabrice Balanche a affirmé que « la grande majorité [des déplacés internes] vit dans les zones gouvernementales, comme le reconnaît l’office des Nations unies pour les affaires humanitaires (Ocha). Celle-ci est jugée plus sûre : les déplacés viennent y chercher à la fois la sécurité et un accès plus facile à l’aide humanitaire. » (Jean-Dominique Merchet, « Réfugiés : “Assad rééquilibre la population à son profit”», entretien avec Fabrice Balanche, LOpinion.fr, 15 octobre 2015).
  39. « Syrie : Déclaration conjointe sur les actions militaires récentes de la Fédération de Russie (02.10.15)», Diplomatie.gouv.org, 2 octobre 2015 : « Nous, gouvernements de France, d’Allemagne, du Qatar, d’Arabie saoudite, de Turquie, du Royaume-Uni et des États-Unis d’Amérique faisons la déclaration suivante à la suite des récentes offensives militaires de la Fédération de Russie en Syrie : Nous exprimons notre vive inquiétude devant le renforcement de l’engagement militaire russe en Syrie et, en particulier les frappes de l’armée de l’air russe sur Hama et Homs hier qui ont tué des civils et ne visaient pas Daech. Ces opérations militaires constituent une nouvelle escalade et ne feront qu’attiser l’extrémisme et la radicalisation. Nous demandons instamment à la Fédération de Russie de mettre immédiatement fin à ses attaques contre l’opposition et la population civile syriennes et de concentrer ses efforts sur le combat contre Daech. »
  40. Porter, « Obama won’t admit the real targets of Russian airstrikes».
  41. Ibidem: « Cette victoire [de l’Armée de la Conquête] à Idleb [au printemps 2015] fut généralement décrite comme le plus important bouleversement dans le conflit syrien depuis au moins deux ans, et le défi le plus sérieux pour le régime el-Assad depuis le début de la guerre. »
  42. Marc de Boni, « Védrine veut s’allier à Assad contre Daech, comme il a fallu s’allier avec Staline”», LeFigaro.fr, 28 septembre 2015 : « L’ancien ministre des Affaires étrangères plaide pour un rétablissement des rapports avec Moscou, et donc d’un dialogue avec le régime de Bachar el-Assad en vue de contenir l’État islamique. »
  43. Alors que je finalise cet article, les États-Unis et l’Arabie saoudite annoncent qu’ils vont intensifier leur soutien militaire en faveur de la rébellion « modérée ». Voir Louisa Loveluck, « US and Saudis vow to step up war on Assad in defiance of Russia», Telegraph.co.uk, 25 octobre 2015.
  44. Une touche d’espoir pour conclure cette analyse : « Réunion internationale à Vienne sur la Syrie, Téhéran invité pour la première fois», NouvelObs.com avec AFP, 29 octobre 2015.

 

Pour lire les précédentes parties, 1ère partie et 2ème partie

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