Sécurité, Egalité, Fraternité

Il était une fois un pays en état d’urgence où la sécurité aurait pris la place de la liberté. Depuis les attentats du 13 novembre, le gouvernement français évoque quasi quotidiennement de nouvelles mesures législatives à mettre en place au nom de la lutte contre le terrorisme.

Hormis les centaines de perquisitions contrôlées par l’administration, et non par la justice, ou une éventuelle possibilité de rétention des personnes fichées S, qu’est-ce que la France peut faire de plus pour protéger son peuple? D’après les révélations du Monde, il faudrait désormais s’attendre à l’interdiction des connexions Wi-Fi libres et partagées, au blocage des connexions Wi-Fi publiques, ainsi qu’à l’identification des applications VoIP, des échanges vocaux sur WhatSApp, Skype, Telegram etc., sans oublier l’obligation pour les éditeurs de fournir les clés de chiffrement. Les réseaux Tor seraient interdits et bloqués en France, à l’instar de l’Iran et de la Chine. Ces mesures n’ont pas encore été arbitrées par le ministre de l’Intérieur.

© AFP 2015. Remy Gabalda
Mélenchon:l'état d'urgence, "instrument pour criminaliser
les mouvements sociaux"

Pour le moment… Thomas Guénolé, politologue et conseiller politique, constate la tendance hystérique en toute évidence:

​ »Je trouve particulièrement inquiétant, dans ce que le gouvernement est en train de faire dans le cadre de l’état d’urgence, c’est que d’un côté les terroristes ont pour ennemi notre société d’ouverture et de liberté individuelle, et notre réponse à ça c’est de mettre en place une politique antiterroriste qui nous fait passer à une société de fermeture et une société qui ne protège plus les libertés individuelles, qui sont absolument fondamentales, notamment le droit à la vie privée ou le droit d’être présumé innocent. On en est au stade de vouloir embastiller des gens qui sont fichés +S+. +S+ veut dire suspect, pas coupable. Et nous en sommes également à prendre des mesures dont la caractéristique systématique, c’est d’être des mesures du pouvoir policier sur des décisions du pouvoir exécutif, sans contrôle du pouvoir judiciaire. Or, il faut bien comprendre, si nous sommes dans cette démarche-là, nous sommes en train de déformer notre société dans un sens qui est conforme à l’idéologie des terroristes. En renonçant à des éléments fondamentaux de notre identité politique de démocratie libérale, nous sommes en train de concéder aux terroristes une victoire idéologique. Leurs attentats ont comme conséquence la mise en place de la version modérée d’un état policier. »

L’état d’urgence a été voté et prolongé immédiatement, mais, surtout, la loi elle-même a subi une modification inédite puisqu’elle a été immédiate. Le nombre de mesures qui ont été ou qui seront mises en place est impressionnant, toujours dans l’urgence puisque l’état d’urgence l’exige. Et même avant les attentats, la loi Renseignement a fait l’objet de multiples polémiques. Et l’Etat français va plus loin. Une surveillance probable de tout individu qui paraîtrait suspect aux yeux des forces de l’ordre, au travers de ses gadgets. Une palette de mesures qui semblent ne pas servir à la prévention des actes terroristes mais surtout permettre aux autorités de collecter des informations sur son peuple. D’après Thomas Guénolé, c’est du « déjà vu »:

« Comme l’a montré le bilan des activités de la NSA après le Patriot Act, aux Etats Unis, que la stratégie de surveillance massive de la population, ça ne marche pas, et que ce qui marche contre le terrorisme, en réalité, c’est la guerre économique, c’est-à-dire taper sur les ressources pétrolières, agricoles, notamment via les bombardements. Il faudrait intensifier cette politique-là, car elle porte ses fruits, également, me semble-t-il, aller encore plus loin dans la lutte économique contre Daech. Il y a des banques qui prennent son argent pour le placer sur le marché financier, il y a des structures étatiques, ou privées, ou clandestines qui achètent le pétrole de Daech, il y a des trafics d’œuvres d’art ou archéologiques. Daech les vend mais des personnes les achètent. Il y a toute une stratégie qu’on peut copier sur la lutte contre l’économie mafieuse et qui serait sans doute beaucoup plus efficace que de massivement renoncer aux libertés individuelles les plus fondamentales de la société française. »
La semaine dernière, Bernard Cazeneuve a déclaré: « Sur Internet, la lutte contre le terrorisme, la guerre contre le terrorisme, c’est une guerre totale qui implique que l’on utilise la totalité des outils dont on doit avoir la disposition« .

Le changement, c’est maintenant: Sécurité, Egalité, Fraternité.

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