Fin de parti(e)s en France

Les dernières élections régionales en France auront eu le mérite de clarifier définitivement le cadre politique français et mis à jour la nouvelle configuration qui se dessine très clairement. Une France partagée en deux où le voile de la gauche et de la droite s’est totalement dissipé pour laisser place à deux entités opposées dont la fracture passe par Bruxelles. Ce que d’aucuns appelleraient « l’européisme » confronté à l’Europe, c’est-à-dire l’Europe des nations Vs l’Europe fédérale, autrement dit l’Europe atlantiste !

Par M.C.BELAMINE

Au-delà des discours érodés sur la dangerosité supposée de certains courants politiques, ce qui ne correspond plus à la réalité anthropologique française, le tremblement de terre du premier tour des élections régionales qui mettait le Front National largement en tête marquera à tout jamais l’histoire des institutions politiques de la Cinquième République française, probablement morte le dimanche 6 décembre 2015.

French President Hollande and Prime Minister Valls review troops during a ceremony in Paris

En France, l’heure est à la gravité. Le système politique à bout de souffle a vécu. Et la recomposition est en marche. Mais la seule question qui vaille aujourd’hui est si elle se fera sans violence. Or, le climat pré insurrectionnel ne dit rien de bon qui vaille. L’économie exsangue avec un chômage galopant, le contrat social violé avec encore plus d’appauvrissement, la politique internationale sous influence étrangère avec des lobbies omniprésents, tout concourt à un affrontement entre deux oppositions proposant des projets de société aux antipodes.

D’un côté, la « vieille garde », dite républicaine, qui s’accroche de façon incompréhensible à un espace qu’elle voudrait quasiment de façon éternelle, notamment lorsque l’on voit de nombreuses pratiques non sanctionnées et le rejet systématique du public de plus en plus important, et de l’autre l’émergence d’un front incarné par des associations politiques, dites de droite ou d’extrême droite, et d’une dissidence, qui se généralise sans pour autant s’encarter politiquement, issue de tous les secteurs de la société.

Et face à cette fronde de plus en plus généralisée, la « démocratie » telle que pratiquée ne convainc plus grand monde. Lors des dernières élections, une propagande généralisée orchestrée par les élites politiques traditionnelles soutenues par les média « mainstream » avait réussi à convaincre une petite frange de la population que le danger était à leur porte. Il s’agit là, très probablement, du dernier sursis accordé aux femmes et hommes politiques adeptes du politiquement correct et de la tambouille politicienne, celle rejetée par la grande masse des français.

Marine-Le-Pen-en-conference-de-presse-au-parlement-Europeen-a-Bruxelles-en-Belgique-le-28-mai-2014_exact1024x768_l

Le Front National n’a remporté aucune des treize régions en jeu mais il en sort grandi et conforté dans ses thèses. Les partis politiques qui comptent s’unissent, selon lui, pour l’empêcher de proposer autre chose. Socialistes du PS, communistes, radicaux de gauche, écologistes, la gauche traditionnelle a appelé à voter la droite de « les Républicains » alliés aux centristes de l’UDI et du Modem et aux divers droites. En somme c’est l’échec du système politique issu de la cinquième république censé équilibrer des rapports de force qui permettent aux français d’avoir un large éventail de choix sociétaux.

Or, depuis quelques années, il n’existe plus de choix que ceux portés par la force du fait accompli soutenu par une minorité aux commandes porte-voix d’une minorité agissante détentrice d’intérêts qui se contredisent avec ceux de la population française. Les média traditionnels s’en faisant les hérauts, étant les réceptacles des intérêts convergents des puissances financières et des lobbies militaro-industriels. Toute voix dissidente étant criminalisée pour faire taire toute contestation possible sur les grands choix politiques et économiques.

C’est très probablement ce qui renforce l’opposition de plus en plus grandissante d’une force politique telle que le Front National considéré depuis longtemps comme une force contestataire minoritaire qui ne pouvait prendre place au cœur du débat politique national en raison de sa criminalisation constante. Pourtant, force est d’admettre qu’il devient un opposant très sérieux que le barrage médiatique ne peut plus empêcher de devenir une force politique qui compte. Il ne s’agit plus qu’une question de temps avant le grand basculement tant est profonde la fracture politique de l’espace traditionnel.

En effet, le basculement est inéluctable même si les tenants de la continuité ont beaucoup de mal à l’admettre et tente d’arrêter le temps. Mais, certains visages, après le deuxième tour des régionales, étaient profondément marqués par l’inéluctable à venir. Xavier Bertrand, l’élu de la région du nord promise à Marine Le Pen du front National, grâce aux voix de la gauche, incarnait une prise de conscience maximale par son discours et son attitude presque désespérée. Au fond de lui, il le savait que ce n’était qu’un répit. Et son discours radicalement différent voulait le montrer à tous.

IxoX_

Ce ne sera certainement pas suffisant pour l’ensemble de la classe politique. Certains y survivront peut-être, mais à quel prix ? En adoptant, comme toujours, la stratégie de la diversion ? Susciter des questions annexes d’importance mineure pour éviter les débats de fond ? Criminaliser des voix indépendantes de penseurs tels que Alain Soral ou d’humoristes tels que Dieudonné a, au contraire, amplifié les phénomènes de la dissidence et de la contestation et suscite encore plus de rejet. Et les événements dramatiques de Paris, qui pèsent de tout leur poids dans le débat politique, accordent également une pause aux transformations nécessaires de la vie politique.

Or, au-delà du danger du terrorisme réellement présent et très palpable par l’état d’urgence décrété et la présence presque envahissante des forces de police et de l’armée, un cocktail social explosif « murit ». Le ras-le-bol de tout ce qui incarne un système à bout de souffle à travers la classe politique décriée, et rejetée, et des média de moins en moins crédibles, la majorité des organes de presse essuient des pertes colossales, seulement épongées essentiellement par l’état, tout cela augurant de jours difficiles à venir.

La Cinquième République apparait plus que jamais en phase terminale. Saura-t-elle donner naissance à l’émergence de nouveaux blocs et à un nouveau personnel politique plus proche des préoccupations de la population ou serait-ce le glas d’une France appelée à se transformer par la violence de confrontations où s’opposeront des intérêts tellement divergents qu’ils devraient en passer par la violence pour s’installer dans un nouveau paysage politique ?

M.C.B.

 

Publicités