Assad et gibet de potence de l’histoire

Il y a trois ans, le 6 janvier 2013, le Président Bachar Al-Assad a exposé, devant les comités et organisations populaires syriennes, sa vision de la solution politique à ladite « crise syrienne ».

Par Nasser Kandil

Trois ans durant lesquels la Syrie s’est vue envahir par des dizaines de milliers de terroristes venus des quatre coins de la planète en préparation d’une invasion militaire concrétisée, l’été 2013, par le positionnement de la VIe flotte des États-Unis devant les côtes syriennes, suivi de l’instauration de l’EIIL [État Islamique en Irak et au Levant ou DAECH], puis du parrainage ouvertement déclaré du Front Al-Nosra, [branche officielle d’Al-Qaïda, en Syrie], par la Turquie, l’Arabie saoudite et Israël…

En bref : toutes les options ennemies de mise sous tutelle ou d’invasion de la Syrie ont été testées. Mais le temps a passé, et les projets états-unien, turc, saoudien et israélien, s’appuyant sur une solution politique, fondée sur la destitution du président syrien, avec remise du pouvoir à une prétendue opposition syrienne, inféodée à l’étranger, ont échoué. La Syrie a résisté. En conséquence, ses alliés ont résisté, aussi. L’accord sur le nucléaire iranien a, quand même, été ratifié. La Russie s’est décidée à intervenir, militairement, et la contre-attaque de la Syrie et de ses alliés a commencé.

C’est ainsi que les concepts de « la solution politique à la crise syrienne » sont passés de celui, adopté dans le communiqué final communément, désigné par « Genève 1 », à ceux de Vienne 1 et de Vienne 2, puis, à celui de la Résolution 2.254 ; Genève 3, se préparant à accueillir, pour la deuxième fois, des pourparlers entre une délégation du gouvernement syrien et une délégation de l’opposition ; [Genève 1 s’est tenue, en l’absence de représentants du gouvernement syrien ; NdT].

Une délégation de l’opposition, ressemblant, fortement, à celle, qui a participé à la réunion de «Genève 2», en janvier 2014, cramponnée au Communiqué final de la réunion de Genève 1, du 30 juin 2012 ; lequel communiqué fut approuvé par les ministres des Affaires étrangères des USA et de la Russie, mais dont la mesure de mise en place d’un organe de «gouvernement transitoire, qui aurait les pleins pouvoirs exécutifs», était, suffisamment, imprécise, pour suggérer à certains qu’elle impliquait, implicitement, le départ ou la destitution du président syrien.

Ceci, alors que la Résolution 2.254 du Conseil de sécurité, [adoptée, à l’unanimité, le 18 décembre 2015 ; NdT], se fonde, sur un appel au dialogue, censé aboutir à un accord sur le cessez-le-feu, le retour des personnes déplacées, la formation d’un gouvernement d’Union nationale, chargé de l’élaboration d’une nouvelle Constitution, suivie de nouvelles élections. Données que le secrétaire d’État, John Kerry, a dû préciser aux membres de l’opposition, [notamment, ceux qui se sont réunis, le 9 décembre 2015, à Riyad, sous la férule des Saoudiens, des Qataris et d’Erdogan ; NdT], en leur expliquant qu’il s’agit d’une transition politique, conduite et prise en main par les Syriens, [laquelle souscrit au Communiqué de Genève 1 et avalise les Déclarations de Vienne ; NdT]; autrement dit, de la formation d’un gouvernement de transition, avec maintien du président actuel et de ses prérogatives constitutionnelles, les futures élections devant décider qui gouvernera la Syrie.

Ci-dessous le texte de la solution politique, proposée par le Président Bachar al-Assad, il y a trois ans. Le lecteur sera surpris de constater que sa vision et son vocabulaire semblent constituer la principale source de la résolution 2.254 et des Déclarations de Vienne, avec, cependant, plus de clarté et de détails, sur les différentes étapes du processus politique, et davantage de tolérance politique et humaine, par son appel au pardon et à la réconciliation :

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« Partant de nos constantes de principe ; à savoir, la souveraineté de l’État, l’indépendance de sa décision, les principes et objectifs de la Charte des Nations Unies, le Droit international ; lesquels confirment tous, la souveraineté, l’indépendance, l’intégrité territoriale des États, ainsi que la non-ingérence, dans leurs affaires internes. Et, étant donné  que nous sommes convaincus de la nécessité du dialogue entre les enfants de la Syrie, sous direction syrienne, pour rétablir la sécurité et la stabilité ; la « solution politique, en Syrie », se fera comme suit :

Première étape

1. Les États concernés, régionaux et internationaux, s’engagent à cesser de financer, armer, et héberger les combattants armés ; parallèlement à l’arrêt des opérations terroristes de ces derniers. Ceci, facilitera le retour des Syriens déplacés vers les lieux de leur résidence d’origine, dans le calme et la sécurité. Ce n’est qu’ensuite, que nos forces armées mettront fin à leurs opérations militaires, tout en se réservant le droit de riposter, au cas où la sécurité de la patrie, des citoyens, des entreprises publiques et privées, serait menacée de n’importe quelle attaque.

2. Trouver une procédure, pour s’assurer que toutes les parties respectent le précédent engagement, avec, en particulier, le contrôle des frontières.

3. Le gouvernement en exercice se charge d’initier, directement, les prises de contact avec toutes les catégories de la société syrienne, les partis, et les organisations, pour permettre les échanges et préparer à une «Conférence de dialogue national», à laquelle participeront toutes les forces extérieures et intérieures, désireuses de trouver  une solution, en Syrie.

Deuxième étape

1. Le gouvernement en exercice invite à tenir une conférence de dialogue national et global, pour décider d’une «Charte nationale», qui affirme la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie, le rejet de toute ingérence, dans ses affaires, ainsi que le renoncement au terrorisme et à la violence, sous toutes ses formes. C’est cette charte, qui tracera l’avenir politique de la Syrie, et qui dessinera le système constitutionnel et judiciaire, les caractéristiques politiques et économiques, et les projets de lois, issus du consensus, concernant les partis, les élections, l’administration locale etc.

2. La charte devra être soumise à référendum national.

3. Elle sera suivie de la formation d’un gouvernement élargi à toutes les composantes de la société syrienne, chargé de la mise en œuvre des dispositions de la « Charte nationale ».

4. Organisation d’un référendum sur la Constitution. Après son adoption, le gouvernement élargi adoptera les lois consensuelles, issues de la «Conférence du dialogue national», conformément à la nouvelle constitution, dont celles portant sur la loi électorale, qui permettra de tenir de nouvelles élections législatives. Ceci dit, tout ce qui concerne la Constitution et les lois pourrait être précédé du conditionnel «si», autrement dit, en cas d’accord, lors de la «Conférence du dialogue national», une conférence permettra de débattre des nouvelles lois ou de la nouvelle Constitution ; le gouvernement travaillant à sa visibilité.

Troisième étape

1. Formation d’un nouveau gouvernement, conformément à la Constitution, adoptée, selon les modalités précédentes.

2. Tenue d’une «Conférence de Réconciliation Nationale», et déclaration d’une amnistie générale, pour ceux qui ont été emprisonnés, en raison des événements, avec maintien de leurs droits civils.

3. Travaux préparatoires, pour la réhabilitation des infrastructures, la reconstruction, et l’indemnisation des citoyens, pour les dommages subis, du fait des événements.

Concernant l’amnistie générale, elle se fera, en effet, avec la conservation des droits civils, car l’État a le droit d’accorder la grâce, dans le domaine du Droit public, alors qu’il ne dispose pas de cette possibilité, dans le domaine du Droit des personnes… Je pense que, lorsque nous serons arrivés à ce stade, il faudra que le pardon soit l’affaire de tous, non seulement, par amnistie de l’État. Ce n’est qu’alors que nous parviendrons, pratiquement, à la « Réconciliation nationale », tout un chacun ayant pardonné à tous ! »

Après tout ce qui s’est passé, en Syrie, l’opposition, qui refusera de participer aux pourparlers de Genève 3, devra assumer, devant les Syriens et le monde, la responsabilité d’avoir transformé la Syrie, en foyer et couloir de passage à la pire espèce de terroristes ensauvagés, d’avoir été sourde aux avertissements et d’avoir vendu son âme au Diable.

Quant à l’opposition, qui participera à ces mêmes pourparlers de Genève 3, elle devra expliquer aux Syriens et au monde, pourquoi elle accepte, maintenant, ce qu’elle a refusé, il y a trois ans, pourquoi ce qui est devenu halal, aujourd’hui, était haram, hier, et qui sont les responsables du sang versé et de la dévastation du pays, tout au long de ces années.

La seule différence entre ces deux types d’opposants, ceux qui refusent de participer et ceux qui acceptent, réside dans l’identité de ceux qui les exploitent et les financent. Ils sont dans la position de l’esclave obéissant ; avec, d’une part, un maître, qui ne cherche que le chaos et la destruction ; d’autre part, un projet, où la Syrie est devenue l’arène de toutes sortes de pressions et de marchandages. Mais leurs effets sont, désormais, inopérants, et leur fardeau est devenu plus lourd que les intérêts que leurs maîtres pouvaient en attendre.

Aucun de ces opposants n’a le droit de parler de trahison ou de coup dans le dos. Tous savent qu’ils ont ruiné leur pays et détruit sa civilisation, assouvissant la haine qui habite les dirigeants des Pays du Golfe, d’Ankara et de Paris, [8] envers la Syrie, pour ce qu’elle représente, d’un point de vue historique et géographique. Tous savent que rien de ce qu’ils ont fait n’était syrien et que rien de ce qu’ils feront ne le sera, qu’ils participent aux pourparlers de Genève 3 ou pas.

Une telle opposition ne mérite que le gibet de potence de l’Histoire !

Nasser Kandil 28/01/2016, quotidien Al-Binaa en langue arabe

Source : Assad et gibet de potence de l’histoire, par Nasser Kandil – SAHAR FRENCH

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