La gifle démocratique des Américains à l’empire médiatique

Donald Trump et Bernie Sanders ne sont populistes et dangereux qu’aux yeux de journalistes et d’analystes qui se veulent gardiens de la morale et se répètent les uns les autres et qui sont eux-mêmes les acteurs de l’effondrement du politique.
Par Stéphane Trano
Donald Trump est désormais le seul candidat républicain en lice.

La plupart des médias y ont cru jusqu’où bout, mais ce mardi 3 mai 2016 ont fait voler en éclat leurs arguties. En éliminant ses concurrents dans la féroce compétition pour la nomination républicaine, à travers une victoire écrasante dans l’état de l’Indiana, . Bernie Sanders, quant à lui, a mis en échec Hillary Clinton, une victoire qui n’entame guère les probabilités que l’ancienne secrétaire d’état porte les couleurs démocrates le 8 novembre, mais dont les conséquences seront sensibles sur la suite des événements. Les deux candidats qui s’opposent au système washingtonien et qui n’ont cessé d’être caricaturés par le journalisme corporatiste sont portés par la force la plus consternantes pour les élites : le peuple lui-même. Les électeurs ont opposé une fin de non-recevoir à la mission civilisatrice des partisans d’une démocratie autoritaire et bien-pensante.

Rejet du « politiquement correct »

En dépassant la barre des dix millions d’électeurs alors que neuf primaires restent à venir avant la convention nationale républicaine, qui se tiendra à Cleveland en Juillet, Donald Trump a d’ores et déjà mobilisé plus d’électeurs que durant toute la campagne de son prédécesseur, Mitt Romney. Le terme de populiste est le plus impropre qui puisse être employé par les nombreux détracteurs de l’homme d’affaires américain. Avec différents taux de réussite, Trump a néanmoins entrainé dans son sillage toutes les catégories de population, des mineurs du Midwest aux diplômés du Nord-Est, des afro-américains de Brooklyn aux Hispaniques du Sud, des femmes New Yorkaises aux militants LGBTQ, des plus jeunes aux plus âgés, ainsi que de nombreux indépendants et jusqu’à cent mille démocrates. Leur point commun : un rejet du « politiquement correct », une volonté de déblocage des institutions paralysées depuis près de huit années, un constat d’échec de la politique extérieure menée par Barack Obama, une méfiance profonde à l’encontre d’Hillary Clinton, et de manière plus générale, une exaspération face aux annonces apocalyptiques torrentielles engendrées par une intense campagne médiatique.

Les plus fervents supporters de Donald Trump ne croient pas un instant qu’il souscrive lui-même à ses déclarations les plus outrancières. Ils ont mesuré avec une acuité très inhabituelle le sens de cette tactique qui a progressivement désarmé ses pires adversaires. Ses plus féroces adversaires ? Les partisans de la foi évangélique, – totalement ignoré par la plupart des médias malgré sa dangerosité – et des centristes soutenant le gouverneur de l’Ohio, John Kasich, qui ne diffère que très peu de son adversaire directe, Hillary Clinton. Mais il a fallu que Cruz et Kasich jettent l’éponge, au terme d’une hystérie anti-Trump, pour que les premières failles apparaissent – très momentanément – dans le mur médiatique compact des analystes politiques et des perroquets correspondants répétant à l’identique le contenu des agences de presse.

Ainsi, l’éditorialiste du Washington Post Ruth Marcus a-t-elle publié, dans la soirée, un article estimant qu’après cette journée peu ordinaire, « les démocrates, les républicains et les médias doivent faire un sérieux examen de conscience. » La journaliste estime malgré tout que « l’explication purement commerciale pour ce manquement serait que les médias, la télévision en particulier, ne voulaient pas tuer la poule aux œufs d’or de l’audience. C’est trop simpliste – et trop sinistre » et que les journalistes ont fait leur travail en exposant les outrances de Donald Trump. Mais le malaise est perceptible et prémonitoire de la prochaine vague médiatique qui s’abattra sur Trump dans son combat face à Hillary Clinton.

Sanders, boussole d’une jeunesse désemparée et contestataire

Reste le cas Sanders, qui fait étrangement écho à celui de Trump. Le vieux fou socialiste révolutionnaire était dès son irruption dans la campagne tout ce que l’establishment déteste : il est devenu la boussole d’une jeunesse désemparée et contestataire, qui a déverrouillé les lourdes portes du parti démocrate, plombées par des années d’Obamania aveugle et par l’aristocratie clintonienne. L’Amérique avance, sûre d’elle dans sa capacité à se renouveler et à défier l’ordre établi. Elle continue d’opposer son vote aux incantations moralisatrices et à appeler un chat un chat. Traitée de puritaine et intolérante, elle a offert, du côté républicain, un candidat noir, avec Ben Carson et deux candidats d’origine cubaine, avec Marco Rubio et Ted Cruz. Traitée d’interventionniste et de dominatrice, elle a porté loin dans la course un socialiste prônant l’égalité et la mise à contribution des pouvoirs financiers. Enferrée dans l’idéologie antirusse et pro-asiatique menée par Barack Obama, elle lui oppose un Trump pragmatique qui dénonce les guerres de ses prédécesseurs comme les plus grandes catastrophes de l’Histoire américaine.

Passés à l’heure de la prise de parole populaire, les Américains viennent d’infliger une claque magistrale au journalisme intellectuel qui pour sa part, a démontré son incapacité corporatiste à penser son époque en dehors de ses réflexes habituels et de l’auto-contemplation.

Source : La gifle démocratique des Américains à l’empire médiatique

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