Quels liens entre sclérose en plaques et vitamine D ?

Les liens entre une carence en vitamine D et le risque d’apparition d’une sclérose en plaques sont fréquemment évoqués. Comment une « vitamine » peut-elle influencer la survenue de la maladie ? Quels liens de causalités sont aujourd’hui avérés, ou suspectés ? Enfin, la vitamine D présente-t-elle des avantages thérapeutiques ?

Par Florian Gouthière

Quels liens entre sclérose en plaques et vitamine D ?

Quels liens entre sclérose en plaques et vitamine D ?

Le mot « vitamine » est un immense fourre-tout (voir encadré). La « vitamine D » est le nom couramment donné à un type d’hormone synthétisé dans l’organisme à partir de deux molécules dérivées du cholestérol… connues sous le nom de vitamine D2 et D3.

Le terme de vitamine désigne une grande variété de substances nécessaires au bon fonctionnement du métabolisme (molécules se combinant pour former certains enzymes, hormones) qui ne sont cependant pas synthétisées en quantité suffisante par l’organisme.

L’action hormonale de la « vitamine D » se manifeste dans sa contribution fondamentale à l’absorption du calcium (et plus marginalement du phosphore) par les intestins et les reins.

Chez de nombreux animaux – parmi lesquels l’homme – la molécule D3 peut être synthétisée par la peau sous l’action des rayons solaires UV-B. D2 est quant à elle produite par les végétaux.

Entre 1960 à 1993, plusieurs études de la répartition géographique des cas de sclérose en plaques à l’échelle mondiale ont suggéré, puis confirmé une relation directe entre durée globale d’ensoleillement et apparition de la maladie : plus on s’éloigne de l’équateur, plus les cas de sclérose en plaques sont nombreux. Pour donner un sens à cette observation, les chercheurs ont étudié différents processus physiologiques associés à l’exposition solaire (1). La transformation du cholestérol en vitamine D3 sous l’action des rayons UV fut intégrée dès 1974 dans la liste des pistes à explorer.

Une hypothèse récemment confirmée

Si les personnes atteintes d’une sclérose en plaques présentaient effectivement des déficits en « vitamine D », il restait difficile de démontrer que cette carence n’était pas simplement une conséquence de la maladie – ou simplement corrélée à un autre facteur physiologique associé à l’exposition solaire.

En 2006, une étude basée sur la comparaison des échantillons sanguins de militaires américains ayant développé la pathologie avec des prélèvements réalisés à leur enrôlement. Chez les personnes à peau blanche, les taux de « vitamine D » plusieurs années avant l’apparition de la maladie se sont avérés très faibles.

La carence en « vitamine D » apparaît donc être un facteur de risque d’apparition de la maladie.

Parallèlement à ces études épidémiologiques, biologistes et généticiens ont étudié la relation entre la fameuse hormone et l’organisme humain. La « vitamine D » s’est révélée capable d’interagir avec 229 gènes… dont la moitié environ est associée à des mécanismes immunitaires. Le dérèglement d’un ou plusieurs de ces mécanismes, initié selon des voies encore inconnues, pourrait être à l’origine du développement de certaines formes de scléroses en plaques.

La vitamine D pour soigner ?

Plusieurs études cliniques d’envergure (SOLAR, CHOLINE) tâchent désormais de déterminer si l’adjonction de vitamine D au traitement des malades par interféron peut présenter un avantage thérapeutique.

Bénéficiant d’un important financement alloué dans le cadre du Programme Hospitalier de Recherche Clinique National (PHRCN), une équipe nîmoise s’apprête à explorer une autre voie. « Nous craignons que, lors du traitement de la maladie, l’effet de l’interféron masque celui de la vitamine D », nous explique le docteur Eric Thouvenot. « Grâce au financement du PHRCN, nous allons étudier si la vitamine D, administrée lorsque des symptômes sont déclarés mais que la maladie n’est pas confirmée, peut réduire les risques de conversion en sclérose en plaques.« 

Ainsi, une névrite optique – perte de la vision à la suite d’une disparition de la « gaîne » du nerf optique – constitue très fréquemment la première manifestation de la maladie. Il faut cependant attendre la survenue de nombreux symptômes, et réaliser plusieurs IRM de suivi pour confirmer le diagnostic. L’essai clinique du Dr Thouvenot, mené dans 30 centres répartis sur le territoire français, initié à septembre 2013, se poursuivra sur quatre ans (deux années de recrutement, deux années de suivi). Les résultats de l’étude seront vraisemblablement connus au printemps 2018.

(1) La comparaison entre les risques d’apparition d’une sclérose en plaques au sein de groupes ayant migré vers le nord ou vers le sud, de même que l’analyse du dossier de malades ayant un jumeau en bonne santé, ont permis d’écarter plusieurs hypothèses mettant en jeu des facteurs exclusivement génétiques.

Source : Quels liens entre sclérose en plaques et vitamine D ?

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