Mohammed, ce géant de l’humanité

En ces temps où le mensonge fait office d’information, la diffamation de contestation, la rumeur d’évidence et l’approximation de compétence, les héros ressemblent à des personnages en carton-pâte que l’on use comme on userait de mouchoirs à la vitesse des sécrétions nasales dont on souffrirait, atteint que l’on est par un rhume persistant. Le « story-telling », comme l’on dirait aujourd’hui à Washington ou à Londres, veut que l’on réécrive et enjolive toutes sortes de faits pour en faire de belles histoires consacrant des héros fictifs. Mais l’implacable réalité rattrape toujours les bonimenteurs.

En France, les bonimenteurs sont légion, inspirés peut-être par certains de leurs congénères du monde anglo-saxon, « sionisés » jusqu’au bout des ongles et adeptes du Choc des Civilisations. Ainsi, leur guerre impalpable contre les peuples libres et souverains est à l’image de ces milliers de média répétant inlassablement leurs histoires systématiquement démenties par les faits. La stratégie est de mentir, de beaucoup mentir, reprenant la formule de Goebbels, maitre propagandiste, qui aurait conseillé de répéter inlassablement les mêmes inepties jusqu’à en faire des évidences.

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C’est le sport favori de quelques scribouillards ignorants se pensant ou feignant être documentés sur le sujet favori des média « mainstream », l’Islam, ou plutôt cette chose rebutante qu’ils présentent ainsi. Et bien évidemment, l’actualité totalement crypté aidant, beaucoup pensent que leurs compatriotes ou l’étranger professant l’Islam pourraient être le monstre qu’on leur présente. Le public souvent ignorant ne s’abreuvant qu’à ces sources toxiques aura bien du mal à croire qu’il s’agit d’une représentation qui a une toile de fond improbable. Qu’en réalité la stratégie, in fine, est de les amener à s’entretuer avec leurs voisins qu’ils ne connaissent qu’à travers l’horrible caricature que leur font certains esprits diaboliques.

La répétition des attaques contre l’Islam, contre son représentant sacré pour des millions de musulmans, contre son texte fondateur, puis progressivement lorsque cela a été répété à l’infini, contre tout ce qui a un lien de près ou de loin avec l’Islam jusqu’à un point de rupture, le moment « M » du basculement vers la violence. Il y a de l’ingénierie car l’évolution vers le pire est toujours accompagnée pour accomplir des projets funestes. C’est pourquoi il était important de republier ce texte toujours actuel sur le fondateur d’une des plus importantes religions, particulièrement décriée, très mal connu du grand public occidental. Il était notamment important de rapporter ce que certains des plus grands esprits occidentaux en disent car dans le monde de l’Islam, il suffit parfois juste d’évoquer son nom pour voir l’immense respect et l’amour infini qu’ont ses disciples à son égard.

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Mohammed, ce géant de l’humanité

« J’ai toujours eu une haute estime pour la religion de Muhammad à cause de sa merveilleuse vitalité. C’est la seule religion qui me semble posséder cette capacité d’assimilation aux différentes étapes de l’existence qui peuvent survenir à n’importe quel âge. J’ai étudié cet homme merveilleux qui, à mon avis, est loin d’être un antéchrist et qui devrait être appelé le Sauveur de l’Humanité. J’estime que si un homme comme lui devait exercer une hégémonie sur le monde moderne, il réussirait à résoudre ses problèmes de façon à lui apporter toute la paix et tout le bonheur si nécessaire : en parlant de la foi de Muhammad, j’ai prédit que cette dernière serait acceptable pour l’Europe de demain comme elle est déjà acceptable pour l’Europe d’aujourd’hui. »

Ainsi s’exprimait George Bernard Shaw dans son premier volume « The genuine Islam« . Pour un non-musulman, c’est la reconnaissance du caractère exceptionnel de ce personnage hors du commun qu’est Mohammed. Dieu dans le Qor’an le confirme : « Tu es d’un caractère sublime » (Sourate El Qalem, 68, verset 4), dit-il de son Messager et Prophète, celui dont le destin surpassera ce que la raison humaine pouvait imaginer. Un destin qui prend la forme d’une civilisation exceptionnelle avec pour fondement le message de Mohammed.

the-kaaba-makkah-mecca-saudi-arabiaMohammed, le Messager a fait aboutir le Message divin dont il était responsable au-delà des frontières géographiques et temporelles qu’un homme seul et sans moyens médiatiques pourrait espérer. Il l’a fait au risque de sa vie, bouleversant toutes les structures sociales, politiques, économiques du monde arabe, divisé et indiscipliné, de son époque. Refusant pour cela toute forme de compromission. Refusant tout ce qu’un autre que lui aurait pu accepter, pouvoir et richesse. Son peuple ne lui avait-il pas proposé de le nommer roi et de poser à ses pieds toutes les richesses du pays, à la seule condition qu’il cessât de prêcher sa religion ? Bien plus, n’a-t-il pas été le premier homme de culte à prôner le dialogue des religions en posant comme préalable essentiel la croyance en Jésus-Christ et en Moïse sans laquelle il serait impossible d’être musulman ?

Mohammed, l’homme et le législateur qui allait introduire dans les mœurs de son peuple à son époque une nouvelle manière de concevoir les relations humaines entre gouvernants et gouvernés fondées sur une constante invariable, la justice pour tous et au-dessus de tous. Ne l’avait-il pas signifié à un notable arabe, qui pensait que son rang lui assurerait l’immunité, en lui rappelant que même sa fille Fatima qu’il chérissait par dessus tout ne pouvait espérer échapper à la justice, rendue de la même manière à tous ses concitoyens. Enfin, Mohammed le mari, le père et le « frère » de tous qui « éleva le statut de la femme jusqu’à un point, au-delà duquel on ne peut aller qu’en théorie« , comme nous l’apprend Marmaduke William Pickthall dans son « Cultural side of Islam« .

Évoquer toutes les qualités de ce personnage hors du commun équivaudrait au recensement de tout ce qui a été écrit à son sujet. Les musulmans de quelque coin les plus reculés de la planète ne tarissent pas d’éloges sur lui. Mais le plus intéressant est, en fait, de recenser ce que des non-musulmans, écrivains, historiens, philosophes ou hommes politiques ont écrit au sujet du Messager de l’Islam et qu’on ne pourrait accuser de tribalisme ou de communautarisme. Leur approche de Mohammed est en fait très étonnante pour des non-musulmans. Qu’on en juge à travers les propos qui immortalisent le Sceau des Envoyés de Dieu.

« Ce n’est pas la propagation mais la permanence de sa religion qui mérite notre émerveillement« , diront Edward Gibbon et Simon Oakley dans leur « History of the Saracen empire » et « History of the Saracens« , ajoutant au passage que « La même impression, pure et parfaite, qu’il laissa à la Mecque et à Médine, se retrouve, après douze siècles écoulés, chez les Indiens, les Africains et les Turcs, prosélytes du Coran… Les Musulmans ont su résister, uniformément à la tentation de réduire l’objet de leur foi et de leur dévotion au niveau des sens et de l’imagination de l’homme. « Je crois en un seul Dieu et en Muhammad, son prophète »; ceci renferme la profession de foi de l’Islam, de façon simple et invariable. L’image intellectuelle de la Divinité ne s’est jamais vue dégradée par une idole quelle qu’elle soit; les hommages rendus au Prophète n’ont jamais franchi la mesure de la vertu humaine; et ses préceptes vivants ont restreint la gratitude de ses disciples dans les limites de la raison et de la religion. »

En 1874, le révérend Bosworth Smith écrivait « Mohammed and Mohammedanism » disant du prophète de l’Islam qu’il « était  le César et le Pape réunis sans avoir les prétentions du Pape, et César sans avoir les légions de César : sans armée, sans garde du corps, sans palais et sans revenu fixe, s’il y a un homme qui a le droit de dire qu’il règne par la volonté divine, ce serait Muhammad puisqu’il a tout le pouvoir sans en avoir les instruments ni les supports. »

imagesAnnie Besant va plus loin dans son introduction à la biographie et les enseignements du prophète qu’elle publia en 1932 sous le titre de « Life and Teachings of Muhammad« . Ainsi, pense-t-elle, qu’il « est impossible pour quelqu’un qui étudie la vie et le caractère du grand prophète d’Arabie, pour quelqu’un qui sait comment il vivait, d’avoir d’autre sentiment que le respect pour ce prophète prodigieux, un des grands messagers de l’Être Suprême. Et même si mes discours contiennent bien des choses qui sont familières à beaucoup d’entre vous, chaque fois que moi-même je les relis, je sens monter en moi une nouvelle vague d’admiration, un nouveau sentiment de révérence, pour ce prodigieux grand maître arabe. »

Quant à William Montgomery Watt, il regrette dans son œuvre « Muhammad at Mecca« , publiée en 1953 que cet homme soit si peu connu en Occident. « La façon dont il accepta les persécutions dues à ses croyances, la haute moralité des hommes qui vécurent à ses côtés et qui le prirent pour guide, la grandeur de son œuvre ultime, tout cela ne fait que démontrer son intégrité fondamentale« , dira-t-il impressionné, ajoutant :  » la supposition selon laquelle Muhammad serait un imposteur soulève plus de problèmes qu’elle n’en résout. Cependant, aucune des grandes figures de l’Histoire n’est si peu appréciée en Occident que le prophète Muhammad. »

Dans l’édition américaine de la revue « Reader’s Digest », James Albert Michener écrivait en mai 1955 : « De même que la plupart des grands prophètes qui le précédèrent, Muhammad chercha à éviter l’honneur de transmettre la parole divine, se considérant comme indigne d’accomplir cette tâche. Mais l’ange lui ordonna : « Lis !  » De ce que nous connaissons de sa vie, nous savons que Muhammad ne savait ni lire ni écrire, mais il commença à dicter des mots qui lui étaient inspirés et qui allaient bientôt transformer une grande partie du globe par le verset : « Il n’y a qu’un seul Dieu. »

« Sur tous les plans, Muhammad était un esprit éminemment pratique. Lorsque son fils bien-aimé Ibrahim mourut, il y eut une éclipse et des rumeurs, disant que Dieu lui avait exprimé personnellement ses condoléances, s’étendirent rapidement. Or, on dit que Muhammad lui-même affirma qu’une éclipse étant un phénomène naturel, il est insensé d’attribuer ce genre de phénomène à la naissance ou à la mort d’un être humain.« 

mecca-13« Lors de la mort de Muhammad, certains voulurent le déifier, mais son successeur administratif mit fin à cette vague d’hystérie par une des paroles les plus belles de l’histoire religieuse » : « Si l’un d’entre vous allait jusqu’à rendre un culte à Muhammad, il est mort. Mais si c’est à Dieu qu’il rend un culte, il vivra pour l’éternité. »

Plus près de nous en 1978, l’esprit encyclopédique qu’est Michael H. Hart l’américain, tenta de classifier les personnalités les plus influentes de l’histoire de l’humanité. Il publia à ce sujet : « The 100: A Ranking Of The Most Influential Persons In History« . Commentant son classement, à la tête duquel il mit Mohammed en premier, il dit : « Certains lecteurs seront peut-être surpris de me voir placer Muhammad en tête des personnalités ayant exercé le plus d’influence dans le monde, et d’autres contesteront probablement mon choix. Cependant, Muhammad est le seul homme au monde qui ait réussi par excellence sur les deux plans : religieux et séculier. »

Mais les plus belles paroles prononcées sur Mohammed viennent du poète, écrivain et homme d’État français Alphonse de Lamartine, qui lors de sa publication de l’ « Histoire de la Turquie » en 1854, écrivait dans le premier tome : « Si la grandeur du dessein, la petitesse des moyens, l’immensité du résultat sont les trois mesures du génie de l’homme, qui osera comparer humainement un grand homme de l’Histoire moderne à Muhammad* ? Les plus fameux n’ont remué que des armes, des lois, des empires, ils n’ont fondé (quand ils ont fondé quelque chose) que des puissances matérielles écroulées souvent avant eux. Celui-là a remué des armées, pilgrims-in-arafat-during-hajj-2008des législations, des empires, des peuples, des dynasties, des millions d’hommes sur un tiers du globe habité, mais il a remué de plus des autels, des dieux, des religions, des idées, des croyances, des âmes… Sa longanimité dans la victoire, son ambition toute d’idées, nullement d’empire, sa prière sans fin, sa conversation mystique avec Dieu, sa mort et son triomphe après le tombeau, attestent plus qu’une imposture, une conviction. Ce fut cette conviction qui lui donna la puissance de restaurer un dogme. Ce dogme était double, l’unicité de Dieu et l’immatérialité de Dieu. L’un disant ce que Dieu est, l’autre disant ce qu’Il n’est pas. L’un renversant avec le sabre des dieux mensongers, l’autre inaugurant avec la parole une idée ! Philosophe, orateur, apôtre, législateur, guerrier, conquérant d’idées, restaurateur de dogmes rationnels, d’un culte sans images, fondateur de vingt empires terrestres et d’un empire spirituel, voilà Muhammad ! »

Or, après ce cri du cœur et de la raison, qui mieux que Lamartine pourrait conclure ce modeste hommage au plus grand des hommes que l’humanité a connu ? Et, le poète français, historien à l’occasion, questionne le monde entier : « A toutes les échelles où l’on mesure la grandeur humaine, quel homme fut plus grand ? »

M.C.Belamine

In Révolution Africaine n°1337 du 20 Octobre 1989, texte revu.

* Le terme impropre « Mahomet » a été sciemment remplacé par Muhammad (transcription anglaise plus fidèle) car il signifie l’exact contraire du mot en langue arabe, le premier signifiant « jamais loué » quand le second signifie « celui qui est loué ».

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