Un été à Lisbonne

Visiter le Portugal c’est découvrir un pays qui a une autre façon d’être européen, très méditerranéen dans sa culture et sa façon d’être alors qu’il est baigné par l’océan atlantique, le Portugal offre cette image d’un pays très attaché à ses racines et à son patrimoine tout en entrant résolument dans le siècle de la vitesse et de la modernité.

Par M.C. Belamine

La première impression qui se dégage des contacts que l’on peut avoir avec le pays, c’est l’extrême gentillesse des portugais et leur sens de l’accueil. C’est également, le sens très prononcé de la famille et du groupe. On y retrouve souvent dans les quartiers (un peu comme nos « houma ») et les cafés des réunions improvisés où l’on parle de tout et de rien. Un peu comme les rencontres de nos « chibanis » qui refont le monde…

Nulle part vous ne trouverez de visages renfrognés à votre accueil et nulle part vous ne sentirez de rejet ou la moindre once d’indifférence à votre égard, surtout si vous dites que vous êtes un visiteur du pays. Le seul souci qui viendra à l’esprit de votre interlocuteur est de savoir si vous vous plaisez et si vous aimez.

Allez faire vos courses et cherchez à obtenir un renseignement, votre interlocuteur se pliera en quatre pour apporter une réponse à votre questionnement. Il n’aura de cesse de chercher absolument à vous satisfaire. A aucun moment vous n’aurez cette vague impression qu’il n’agirait que par pur intérêt commercial. Bien au contraire, il s’assurera que c’est bien ce que vous voulez achetez si la note lui semble élevée. Il ne s’agit évidemment pas de la cité idéale mais d’une impression renforcée par un vécu étonnant de quelques jours.

Et à vrai dire, de tous les peuples européens que l’on a l’habitude de fréquenter, le peuple portugais est le plus étonnant et le plus charmant. Et c’est là une véritable découverte, bien au-delà des autres aspects qu’ils soient touristiques, culturels ou économiques…

La ville aux sept collines

Lisbonne est une ville étrange. Érigée sur sept collines, elle est, d’un point de vue historique, absolument magnifique tant le souci des portugais est de conserver les vestiges de leur passé. Mais ces traces de l’histoire sont « mariées » au présent et donne un aspect parfois surprenant. Ainsi, au détour d’un chemin que vous pourriez emprunter peut surgir un monument du passé entouré de constructions bien actuels.

Et le passé est tellement présent dans la vie de la population ! Ainsi, on ne peut oublier des figures emblématiques du pays. Un roi et une reine. Celui qui fit du Portugal un des plus grands footballs d’Europe, Eusebio, et celle qui fit de la musique portugaise sa marque de fabrique, Amalia Rodrigues. Comme Lisbonne ne peut oublier les personnalités politiques qui firent son renouveau après le terrible tremblement de terre qui dévasta la ville en 1755.

Le Marquis de Pombal, « Sebastião José de Carvalho e Melo », trône sur « sa » place « Praça Marquês de Pombal » pour dire qu’il est celui qui la fit rebâtir et lui redonner vie. Et c’est justement cette place qui sera le témoin central des événements qui consacrèrent la République portugaise le 5 octobre 1910. Et c’est cette même place où se fêtent les grands succès des clubs de football lisboètes (Benfica et Sporting) et de la Seleção (l’équipe nationale). Plus de 500 000 supporters du Benfica Lisbonne s’y sont serrés en Mai 2014 pour y célébrer leur énième titre de champion du Portugal.

La Lisbonne historique, également le centre et le cœur de la ville, est réunie en trois quartiers assez particuliers. Baixa, le quartier bas de la ville, Alfama, sorte de Casbah par son relief et ses ruelles tout comme Mouraria, quartier Maure autrement dit l’espace où les traces du passé musulman d’El Ouchbouna restent vivantes. Ces trois quartiers sont bordés au sud par le Tage, fleuve lisboète par excellence tant il marque la vie de cette ville, après un long parcours en territoire ibérique.

Alfama 8.jpgBaixa Pombalina ou Baixa est doté d’un réseau de rues perpendiculaires allant au sud jusqu’à Praça do Comércio (Place du Commerce). Ce quartier, relativement huppé, a été reconstruit après le tremblement de terre de 1755. Il doit son nom, Pombalina, au marquis de Pombal qui fut le Premier ministre de Joseph 1er de Portugal entre 1750 à 1777 et dirigea la reconstruction de la ville selon des principes anti-sismiques.

Lisbonne en chantant

Quant au quartier de l’Alfama, de l’arabe les mille sources (‘Alf Ma’), en raison de l’existence de sources thermales, il est le plus ancien et un des plus typiques de la ville de Lisbonne. Très fréquenté et particulièrement célèbre pour ses bars de fado, il se trouve entre le Castelo de São Jorge, le château Saint-Georges, perché à son sommet, et le fleuve du Tage.

Castelo Sao Jorge 15.jpgLe château médiéval Castelo de São Jorge, fut la résidence royale jusqu’au XVIe siècle. A proximité, dans les pentes, des miradors (miradouro) permettent d’apprécier la ville et ses monuments. Durant l’époque musulmane, il était même question d’un Alfama do Alto (« Haut Alfama ») et un Alfama do Mar (« Alfama de la mer »). D’ailleurs, son atmosphère rappelle la Casbah par son architecture tout en ruelles et en escaliers.

Mouraria, quartier typiquement « mauresque », incarne le très vieux Lisbonne. Son nom renvoie aux Maures, ces musulmans qui y ont habité neuf siècles plus tôt. Ruelles étroites, escaliers en pente, places pavées, fontaines en pierre, vieux immeubles décrépits comme le décrit si justement un journaliste, c’est tout cela à la fois le vieux quartier qui vit naître le fado, cette musique typiquement portugaise.

Plus bas, à l’entrée du quartier, un monument en pierre en forme de guitare nous dit que nous entrons dans l’antre du fado. Et c’est justement ce que veut rappeler l’association « Renovar a Mouraria » (réhabiliter la Mouraria) qui est née en 2008 par la volonté des enfants du quartier. Ainsi, entre la fin juin et la mi-septembre, tous les vendredis et samedis elle organise des visitas cantadas, littéralement visites chantées.

Des guides et un chanteur de fado accompagnent gracieusement toutes sortes de curieux portugais et étrangers souhaitant découvrir ce quartier. A partir de 18h, rendez-vous est donné au pied de l’église Sao Cristovao (Saint Christophe), là où les trois quartiers historiques de Lisbonne convergent. Or en cette belle journée du mois d’août nous avons eu droit à la magnifique voix de Catarina Rosa. Un superbe concert de rue qui suscite même la curiosité des riverains.

C’est probablement le plus bel hommage qui puisse être rendu à Maria Severa Onofriana, celle qui est considérée comme la créatrice du fado au 19ème siècle, l’inspiratrice d’Amalia Rodrigues. A Severa, le nom intime dont elle est affublée, est née à Mouraria et c’est dans ce quartier qu’elle fera connaitre la musique qu’elle a portée sa courte vie durant, décédée trop tôt, à l’âge de 26 ans, terrassée par la tuberculose.

Le château des Maures

Traverser ces trois quartiers c’est traverser l’essentiel de l’histoire du Portugal. On y retrouve les vestiges quasiment de toutes les périodes qui firent l’actuel Portugal. Entre les traces romaines, musulmanes, gothiques, hispaniques et les différentes influences architecturales, cela donne une sorte de melting-pot culturel qui fait le Portugal que l’on connait aujourd’hui.

castelo-sao-jorge-1Mais pour apprécier la ville comme il se doit rien ne vaut la visite du Castelo de São Jorge, le château Saint-Georges. En hauteur, il domine le quartier de l’Alfama. Celui que l’on appelait à l’époque le château des Maures, se situe sur l’une des collines les plus hautes du centre historique permettant aux heureux visiteurs d’admirer le magnifique paysage de la ville et de l’estuaire du Tage.

Mais le château est plus que cela, monument national depuis 1910 il est la mémoire historique de Lisbonne tant il domine la ville et a occupé une place importante dans l’histoire du pays. C’est notamment vrai à l’époque musulmane dont les géographes font référence à l’existence d’une fortification avec ses murailles, protégeant la Casbah (Alcazaba ou Alcáçova). Ainsi, ce qui est désigné aujourd’hui par Muraille Maure aurait ensuite été reconstruit et renforcé durant la période islamique.

Les fouilles archéologiques rappellent une présence humaine à Lisbonne depuis au moins le 6ème siècle avant notre ère par le passage successif des Phéniciens, des Grecs et des Carthaginois. Cependant, les informations historiques ne datent que de l’époque de la conquête de l’Hispanie par les légions romaines, lorsque Lisbonne était Olisipo. Ainsi, en l’an 60, Jules César conquiert la Lusitanie (l’actuelle Portugal) pour donner à la ville le nom de Felicitas Julia. La cité lisboète est conquise par les Suèves au 5ème siècle puis par les Wisigoths et au 8ème siècle par les Musulmans, pour être renommée Lissabona (El-Ouchbouna).

C’est durant la Reconquista chrétienne de la péninsule ibérique que les forces d’Alphonse 1er de Portugal avec l’aide de croisés normands, flamands, allemands et anglais, prirent possession de cette fortification musulmane qui, après trois mois d’un terrible siège, « tomba » en 1147.

Une Cathédrale ébranlée

Du château, en prenant le tram pour redescendre le chemin pentu de l’Alfama comme si l’on allait plein sud vers le fleuve, la cathédrale Santa Maria Maior de Lisbonne nous invite à y faire une halte. La Cathédrale de Lisbonne est aujourd’hui appelée Cathédrale . Elle est la plus ancienne église de la ville de Lisbonne sur l’emplacement d’une ancienne mosquée, la mosquée Aljama. Elle fut construite durant le règne du roi Alphonse 1er de Portugal quelque temps après la reconquête de Lisbonne.

Les tremblements de terre qui l’ont ébranlée entre les XVIe et XVIIIe siècles dont celui de 1755 qui détruisit la ville, ont sérieusement endommagé la . Et selon les recherches archéologiques régulièrement menées dans le cloître de la cathédrale il a été découvert des traces des époques romaine, musulmane, wisigothique et phénicienne.

cathedrale-se-2Depuis la Cathédrale , l’air du Tage nous attire. Il faut dire qu’après toutes les escalades pour atteindre les hauteurs de l’Alfama, il fait bon de se laisser aller à descendre et continuer à descendre pour atteindre le « plat pays » de Baixa. C’est ainsi que la Lisbonne historique nous offre également des espaces ouverts et sans contreforts.

Après l’abandon du Castelo de Sao Jorge par les maitres du pays en tant que Palais Royal, Praça do Comércio, la Place du Commerce, accueillera en 1511, sous le règne de Manuel 1er, le nouveau palais Royal pendant quatre siècles. Et, après le chaos du séisme de 1755, tout est rebâti. L’histoire nous dit également qu’en 1908, le roi Carlos et son fils Luís Filipe furent assassinés en ces lieux. Et, en 1974, cette même place vit le premier soulèvement de la révolution des œillets qui conduisit à la fin de l’ancien régime.

Au nord de la place du commerce un arc de triomphe marque le début de Baixa alors qu’au sud un embarcadère côtoie le Tage. C’est là que le produit des colonies y était débarqué. Au centre de la place trône une statue équestre datant de 1775 représentant le roi Joseph 1er de Portugal dit le Réformateur.

D’une Place à l’autre

Le Rossio est l’ancien nom de la place Dom Pedro IV (Praça de Dom Pedro IV) située dans la partie basse (Baixa) de la vieille ville. Son importance remonterait jusqu’au Moyen Âge. La statue en bronze de Pierre IV, roi de Portugal et premier empereur du Brésil sous le nom de Pierre Ier, trône au centre de la place.

En remontant encore plus au nord du quartier de Baixa nous nous retrouvons à Praça dos Restauradores. Cette Place des Restaurateurs est dédiée à la restauration de l’indépendance portugaise en 1640, après 60 ans passés sous domination espagnole. Il s’agit d’une place rectangulaire entourée de bâtiments des 19ème et 20ème siècles dont le Palácio Foz, aujourd’hui dédié entre autres choses à l’Office de tourisme de Lisbonne pour toutes sortes de renseignements.

funiculaire-de-gloria-1-praca-dos-restauradoresEt depuis cette place on peut admirer un des très vieux funiculaires du Portugal toujours en fonction depuis le 24 octobre 1885. Une machine monstrueuse que l’on dirait prête à rendre l’âme et sur laquelle est perché un conducteur impassible. Le funiculaire de Glória, en portugais Ascensor da Glória, relie Baixa au quartier pittoresque de Bairro Alto, littéralement Quartier Haut, et anciennement Vila Nova dos Andrades.

Depuis 2002, le funiculaire est classé monument historique au Portugal, même si toujours roulant, et il continue toujours de transporter les lisboètes et les touristes avides de sensations. Le relief de Lisbonne s’y prêtant, les sensations fortes ce sera le Tuk tuk (prononcer touktouk) qui se chargera de vous les servir sur les pentes étroites et pavées du vieux Lisbonne. On se croirait sur des montagnes russes, le cœur à peine accroché à votre poitrine prêt à bondir lui aussi sur le pavé lisboète.

Heureusement que Lisbonne peut compter sur d’autres moyens de transport pour pénétrer les quartiers les plus improbables entre escaliers à n’en pas finir et virages inattendus sur des rails de tram, en pente souvent glissante, empruntant la seule voie sur les routes étroites des vieux quartiers. Non, Lisbonne n’est pas inaccessible aux transports en commun et le génie des concepteurs du transport pour tous fait qu’escalader à pied des collines pentues n’est pas une fatalité à Lisbonne tant les choix sont multiples dans des périmètres incompressibles…

Et c’est vrai que le transport en commun dans la capitale lusitanienne est le bonheur du touriste. Métro, Bus, Tram, Taxi, Tuk tuk (sorte de « moto en commun » portant des voyageurs heureux, mais estomaqués après l’expérience). Bref, la ville s’est étalée à perte de vue au point que le métro peut vous mener de l’aéroport au centre-ville en une demi-heure et que le bus viendra vous chercher où que vous soyez !

Olé !

En poussant plus au nord depuis le Palacio Foz, bien après le célèbre musée Gulbenkian mais avant d’arriver au stade du Benfica Lisbonne plus à l’ouest ou à l’université de la ville légèrement vers l’est, le zoo propose quelques attractions inédites comme le fait de le visiter perché dans des télécabines. Vous pouvez ainsi, peut-être pour la première fois de votre vie, admirer le dos des animaux sans qu’il puisse sentir votre présence ! Et en sus, comme récompense de votre présence au spectacle grandiose des phoques et des dauphins, votre « minois » est immortalisé sur un cliché à recevoir un bisou baveux du phoque que vous venez de voir faire le spectacle.

img_20150728_204857Mais si vous jugez qu’il s’agit là du sacrilège de votre humanité par une « bestialité » poisseuse, vous pourrez toujours vous rendre à deux pas de là, en revenant sur vos pas, pour vous purifier au sein de la Mosquée de Lisbonne. La Mosquée centrale est un bâtiment sans âme bien que très fonctionnel. C’est probablement en ce lieu que vous vous rendez compte que vous avez quitté la Lisbonne historique pour une ville moderne mais assez quelconque. Le supplément d’âme, il faudra peut-être le retrouver au temple de la tauromachie portugaise.

Mais pour aller au Campo Pequeno à pied, il vous faut remonter vers le nord-est une bonne vingtaine de minutes tout en longeant sur le chemin la faculté des sciences sociales et humaines puis un des plus beaux parcs de Lisbonne, le Santa Gertrudes qui accueille entre autres le musée Calouste-Gulbenkian et un centre d’art moderne. Campo Pequeno, le petit champ, est l’antre même de la corrida portugaise ou « tourada », appelée aussi course portugaise. Elle est différente de la corrida espagnole car elle se fait essentiellement à cheval et la mise à mort du taureau y est interdite depuis plus de 80 ans.

Trois femmes venues d’une « autre planète », par de chez nous, pensant assister à un spectacle gentillet se sont retrouvé à hurler « d’horreur » au milieu de spectateurs portugais hilares. La troisième partie de la corrida portugaise met face à face 8 jeunes hommes en file indienne et une bête suffisamment énervée pour vouloir les écraser. Et c’est justement cela le but du jeu, que le taureau veuille bien leur foncer dessus. Ils sont tenus, par leur seule force, de déséquilibrer la bête. Et c’est le premier des huit qui doit se prendre tout le poids de l’animal à tenter de se mettre entre ses deux cornes. Vu des tribunes, ils n’étaient pas si costauds que ça…

Les rives du Tage

Les grosses émotions ont cela de particulier qu’elles provoquent un pressant besoin d’air. En remontant plus à l’est, légèrement vers le nord de la ville, nous rejoignons le Tage au niveau de l’estuaire. C’est là qu’a été construit le Parque das Nações, littéralement Parc des Nations, ancienne zone industrielle elle est devenue zone urbaine depuis les années quatre-vingt-dix. C’est le lieu où s’est tenue l’exposition universelle de Lisbonne en 1998.

Tout y respire l’envie d’entrer de façon résolue au 21ème siècle. Depuis le téléphérique qui longe le fleuve sur plus de 1 km à la tour Vasco de Gama, et au Centre du même nom à l’architecture futuriste, jusqu’au fleuron de cette zone l’Océanorium, un des plus importants dans le monde. Il est vrai que la côte lisboète recèle quelques lieux qui méritent le détour. La longer fait découvrir l’autre visage de Lisbonne et de son district. Ainsi, depuis le quartier du Parque das Nações tout en longeant la côte, et après quelques kilomètres, nous nous retrouvons au sud des quartiers historiques.

Passé la station de métro Santa Apolónia, le musée du fado marque quasiment l’entrée sud du quartier Alfama et la zone des restaurants dédiés au fado. Un peu plus loin Terreiro do Paço, cour ou terrasse du Palais, en référence au Palais Royal historique à Praça do Comércio toute proche, offre la possibilité de prendre le bateau pour se balader sur le Tage. L’intérêt n’est pas de remarquer que le Tage est infesté de méduses mais de pouvoir découvrir l’autre côté du fleuve, qui fait également partie du grand Lisbonne, vers Almada, Trafaria, Caparica et leurs plages qui rappellent quelque peu, par certains côtés, le littoral algérois.

dsc02723C’est également à Almada où se trouve la réplique de la fameuse statue de Rio de Janeiro, le Christ du Corcovado, appelé Christ rédempteur de l’autre côté de l’atlantique et Cristo Rei, Christ Roi, de ce côté-ci. Cette autre rive est reliée à la capitale portugaise par deux ponts impressionnants, le pont le plus grand d’Europe long de plus de 17kms, le Vasco de Gama, laissé loin derrière, au nord du quartier Parque das Nações, et le pont du 25 avril, anciennement pont Salazar depuis sa construction en 1966, mais la révolution des œillets est passée par là un 25 avril 1974 pour le baptême du nouveau Portugal.

La banlieue du bord de fleuve

L’envie de continuer à découvrir la côté lisboète nous conduit tout droit vers Belém, la jolie banlieue très coquette. Et c’est là que s’impose à nous le magnifique Monastère des Hiéronymites, le Mosteiro dos Jerónimos. Une immense bâtisse construite au tout début du 16ème siècle durant le règne du roi Manuel 1er, peu après le retour du célèbre navigateur portugais Vasco de Gama de son premier voyage en Inde. Un temple destiné à l’ordre religieux de Saint Jérôme, d’où l’ordre des Hiéronymites, qui prescrit une vie de solitude et de silence, selon la règle de Saint Augustin, alliant le principe de l’équilibre entre prière et travail.

img_20150804_165105Monument historique du Portugal en 1907, le monastère est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco en 1983. Et c’est en ce lieu que les dirigeants de l’Union européenne signèrent le célèbre Traité de Lisbonne en 2007. Mais la jolie Belém n’est pas que le monastère et son célèbre Cloitre qui allient deux influences majeures, à la fois Gothique et Renaissance. Faisant face au temple, au-delà du superbe jardin de Belém, le Padrão dos Descobrimentos flirte avec le Tage pour célébrer les navigateurs portugais. Ce Monument aux Découvertes construit en 1960 se veut un hommage appuyé à ceux qui ont fait du Portugal la patrie des découvertes.

Quelques centaines de mètres plus loin s’élève la célèbre Tour de Belém. Une citadelle construite entre 1515 et 1521, faisant partie depuis 1983 du patrimoine mondial de l’Unesco. Elle sera le témoin de l’époque glorieuse du Portugal et servira de « sentinelle » dans le système de défense de Lisbonne contre toute invasion ennemie. C’est également de ce lieu que partirent nombre de caravelles pour l’Afrique battant pavillon portugais. Par la suite, ce monument fut également utilisé comme une prison. Et, en 1910, il devient monument national.

En quête de découvertes, le chemin côtier nous mène vers les magnifiques plages de Cascais. Mais avant d’y arriver quelques curiosités s’offrent à notre regard. Le Paço de Arcos, littéralement le Palais des arcs, où se trouve l’académie navale portugaise et marque la fin du Tage. Un peu plus loin, autre curiosité, la forteresse de São Julião da Barra construite durant la seconde moitié du 16ème siècle pour renforcer le système de défense de la Capitale royale. La jolie ville d’Estoril mérite également le détour. Ville bourgeoise par excellence, elle accueille également nombre de manifestations sportives.

« Douceur infernale »

Pour celui qui souhaite faire du bronzage sa première « destination » portugaise, les plages de Cascais en sont le lieu indiqué même si plus au sud, de l’autre côté du fleuve, on vante l’Algarve. Mais il est vrai que toute la côte lisboète est magnifique que ce soit sur les rives du Tage ou sur les côtes atlantiques. Cascais est une petite ville dont la « clientèle » est assez aisée. Un lieu de villégiature et de farniente où l’on vient apprécier la douceur du climat et l’animation de la station balnéaire mais également où la pêche traditionnelle tient une place importante.

Non loin de là, à la sortie de la ville, l’évocation de la bouche du diable tranche considérablement avec la douceur de la région. Boca do Inferno ou plus littéralement Bouche de l’Enfer ou infernale est cette attraction touristique rendue célèbre par un document filmé britannique de 1896 puis par le très influent « sataniste » britannique Edward « Aleister » Crowley plus connu comme écrivain, occultiste et astrologue qui a influencé nombre des plus célèbres musiciens et groupes de rock.

boca-do-inferno-3Curiosité sur la côte portugaise, Boca do inferno et sa côte découpée à la scie, ressemblent à s’y méprendre aux calanques provençales dans un format plus réduit. Les violentes vagues s’y engouffrent dans un énorme « trou » dans la falaise creusé par l’assaut perpétuel de l’Océan, particulièrement agité sur cette côte. Cela donne une vision impressionnante, un bouillonnement d’eau qui se fracasse sur les parois d’une cavité dans un bruit sourd et résonnant. C’est la marmite du diable dirait le poète !

Les portugais ne s’y sont pas trompés en installant devant l’accès toute une série de magasins en tous genres et autres attractions. L’endroit ne désemplit pas ! Tout comme cette « maison » appelée Casa da Guia autre curiosité de Cascais quelques centaines de mètres plus loin, le long du littoral, un manoir du 19ème siècle entouré d’un jardin faisant face au phare qui « contemple » l’immensité Atlantique.

Le Cap occidental

A partir des plages de Cascais sur l’embouchure du Tage en remontant plein nord le long des côtes vers Sintra, les puissantes et violentes vagues de la côte atlantique et le vent violent impressionnent. C’est véritablement le domaine des surfeurs. On se croirait du côté de Biarritz et ses hautes vagues. Nous sommes sur la nationale 247 et le vent est terriblement violent et tourbillonnant déplaçant un sable aveuglant. A croire qu’il est sur le point de nous soulever comme ces kite surfeurs au loin portés par leur voile, sorte de cerf-volant. Praia do Guincho, la plage de Guincho, est le paradis de surfeurs glissant sur d’immenses vagues.

Le paysage est splendide, à couper le souffle et à faire tourner la tête. Mais le chemin n’est pas terminé. Cabo Da Roca nous attend. C’est le point le plus à l’ouest de l’Europe sur la façade ouest du « domaine » de Sintra. Sintra est, ce que l’on pourrait considérer d’une certaine manière, le « domaine » de Lisbonne, son poumon. Un peu comme ce que représente Bouchaoui et sa forêt pour Alger ou Seraïdi pour Annaba, son oxygène et son lieu de villégiature. Mais Sintra est beaucoup plus que cela car elle contient en son espace plusieurs châteaux et vestiges d’une histoire qui est intimement liée à la capitale portugaise.

Le Parc Naturel de Sintra-Cascais commence à partir de Casa da Guia sur la côte pour remonter plein nord sur un terrain plus accidenté et très boisé où les chemins tracés, souvent étroits, tentent de préserver l’écosystème. Et c’est en continuant à longer la côte que l’on finit par atteindre le point le plus à l’ouest de toute l’Europe, le cap Cabo da Roca. Une série de falaises hautes et abruptes marque ce lieu particulier où l’océan agité exhibe son immensité. Et au milieu de ce tableau d’un relief sauvage « marié » à une mer rebelle aucun son ne peut vous échapper qu’à écouter le hurlement du vent portant l’écume des vagues se fracassant sur les rochers.

Sintra la magnifique

Sintra est une sorte de région boisée qui domine tout l’arrière-pays lisboète pour aller mourir sur les côtes atlantiques sur la façade occidentale portugaise. Mais Sintra est également le nom de la vieille ville qui a vu naitre une magnifique région parsemée de château et palais, les retiros et quintas en version portugaise, agrémentés de jardins expérimentaux. Ces lieux où les riches propriétaires et l’aristocratie lisboète venaient passer leur été.

La ville historique de Sintra sera classée par l’Unesco au Patrimoine Culturel de l’Humanité, dans la catégorie « Paysage culturel », en 1995. Une ville, qui daterait de l’époque musulmane, et une région intimement et directement liées à l’histoire musulmane du Portugal. Nous sommes en effet en plein Gharb El Andalous dans l’émirat qui deviendra Califat de Cordoue à partir du 8ème siècle.

Autre bâtiment également inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco le Palais de Pena. Il se dresse sur la cime d’une montagne et offre une vue magnifique de la région. Le Palais tel qu’il apparait aujourd’hui a été construit au 19ème siècle sur les ruines d’un ancien monastère avec la volonté d’y mêler différents styles architecturaux lui donnant un aspect vif en couleurs mais également étrange. Il n’est d’ailleurs pas sûr que tous les puristes apprécient ces choix multiples qui peuvent tout autant plaire par leur exubérance que considérer que l’alchimie n’a pas pris. Mais pour les portugais en général, le Palais national de Pena est l’une des sept merveilles du Portugal dont ils sont fiers.

Tout est fait pour vous faciliter au maximum l’accès au Parc Naturel de Sintra-Cascais et y découvrir ses merveilles tant le patrimoine de cette région est important. Et de tous les palais celui de Monserrate est probablement unique. C’est en effet un bel exemple d’architecture de style mauresque construit au 19ème siècle. L’influence indienne y est également très présente. L’ensemble rappelle les palais des maharadjahs. La beauté du palais et de son jardin expérimental laisse pantois. En effet, le parc de « la propriété de 33 hectares qui abrite une collection botanique contenant des espèces du monde entier » est considéré comme « l’une des plus belles créations paysagères du Romantisme. »

Du Château des Maures, le Castelo dos Mouros, il ne reste quasiment que les remparts et des ruines. Mais cela indique qu’il devait être particulièrement imposant. Construit sur un massif rocheux en son sommet il domine toute la région et permet une visibilité qui va jusqu’à l’Atlantique. Sa construction révèle le souci de ses concepteurs de donner à Echantara, la Sintra musulmane, le meilleur moyen de se protéger de ses ennemis.

Aujourd’hui, il n’est point question d’ennemis ou de fortifications à construire pour protéger le pays mais au contraire de le faire découvrir en exhumant une histoire millénaire très riche et tellement diversifiée. Le Portugal essaie de reconstruire son passé et le préserver pour en faire la meilleure promotion de son image qui se veut attractive. Un Portugal européen mais au passé si proche de nous !

M.C.B.

Article publié in « Horizons », quotidien algérien, en date du 15 Octobre 2015

Publicités