Alger-Moscou-Téhéran, l’ alliance énergétique qui change la face du Monde

Quand l’Algérie devient la puissance régionale qui compte…

Régulièrement, les oiseaux de mauvais augure nous annoncent des difficultés incroyablement oppressantes pour l’État algérien. Pour cela, toutes les rumeurs qui font le lit de l’opposition en « carton pâte » sont recyclées régulièrement. On y invoque le désespoir de la population algérienne, les fractures béantes au sein du « système », les clans qui s’affrontent, les multiples guerres de succession, le nombre incroyablement élevé d’escrocs qui, quasiment, composeraient l’essentiel du personnel des institutions de l’état, le rôle prétendument omnipotent du frère du président au don d’ubiquité inné. Bref, à écouter les pourfendeurs de l’état algérien, nous serions à une minute de l’implosion généralisée et à la fin d’un état qui se construit, tant bien que mal, depuis son indépendance en 1962.

Par M.C. BELAMINE

Bien entendu, il serait injurieux de croire ou de laisser croire que la « planète » Algérie est le paradis sur terre comme le laisse paraitre le très médiocre système d’information public algérien. Mais comme tout pays qui se construit, elle a sa part d’ombre et de lumière, opposant des volontés et des orientations aux antipodes. Elle est composée de patriotes et de vendus, de femmes et d’hommes sincères et d’une multitude d’opportunistes. En cela, rien de neuf sous le ciel algérien. Et à vrai dire, il est sain qu’une nation soit dépeinte en ces termes, ni rose, ni grise, pour la simple raison que la vraie vie est ainsi faite.

Pour en revenir à des considérations plus sérieuses, l’Algérie aujourd’hui se positionne comme un pays au devenir essentiel dans les rapports de force mondiaux. Sa position stratégique au sud de la Méditerranée et au nord de l’Afrique  lui confère un rôle éminemment important dans les futurs équilibres mondiaux. Et après avoir vaincu tous les assauts de l’Empire, l’état algérien commence à se déployer et à tisser sa toile en se positionnant très clairement sur le plan géopolitique par son arrimage à la puissante alliance sino-russe et en affirmant sa puissance nouvelle sur les plans énergétique et économique.

Ce ne sont plus des supputations d’admirateurs ou des suppositions de parieurs, l’Algérie s’installe bel et bien comme la puissance régionale qui dictera désormais les nouveaux rapports de force à l’Ouest de la Méditerranée et partiellement en Afrique. La sollicitation, de plus en plus visible, des plus grandes nations l’indique clairement, l’Algérie est l’avenir de l’ouest de la Méditerranée et elle s’y prépare aux triples plans économique, politique et stratégique (ce qui inclut de fait la puissance militaire). Redéploiement économique avec une vision stratégique sur le moyen et long terme, investissements industriels lourds et coopération internationale accrue.

Or, ayant résisté aux effets de la crise financière mondiale, selon l’Oxford Business Group en 2012, l’économie continue de résister et voit sa consommation intérieure progresser, ce qui suscite un intérêt croissant pour le développement du commerce dans le pays notamment à travers la construction de plusieurs centres commerciaux et hypermarchés. Mais également par un nombre croissant d’investisseurs venant d’horizons aussi divers que les pays du Golfe (Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis, Qatar), de la Méditerranée (Égypte, Turquie), de l’Europe (entre autres Russie, Allemagne, Grande Bretagne, Portugal), de l’Asie (principalement Chine et Iran) et d’Amérique (notamment États Unis). Même la coopération sud-sud n’est pas oubliée car l’Algérie se tourne également vers l’Afrique sub-saharienne. TranssaharienneL’exemple le plus frappant est la route transsaharienne qui devrait désenclaver au moins la partie nord du continent africain jusqu’au Nigeria.

A vrai dire, les seuls à ne pas avoir encore compris l’importance à la fois stratégique et économique dans un proche avenir de l’Algérie c’est la « classe politique » algérienne dans son ensemble, toujours « en retard d’une guerre », ce qui a un impact relativement négatif sur la population, notamment sur le moral de la population en l’abreuvant très souvent d’un discours défaitiste qui assombrit son horizon. Le système d’information algérien d’une incroyable faiblesse, notamment dans sa version publique (nous en parlerons dans un article prochain), maintient de son côté la population dans une indigence totale en termes de compréhension de ses intérêts bien compris qui dépassent de loin les petits calculs politiciens sordides.

M.C.B.


Alger/Téhéran/Moscou : alliance gazière?

Ce n’est pas une plaisanterie cette affaire de cartel du gaz. La crise en rapport, entre la Russie et l’Ukraine un certain hiver 2005 fait penser au pire.

Par Laïd DOUANE

Alger Moscou TéhéranLes plus avertis des géants gaziers européens y voient une affaire plus grave que le nucléaire iranien. Il y va de la sécurité de toute l’Europe occidentale, et aussi, de celle des Américains. Avec une Russie réveillée d’un long sommeil, une Algérie prospère et riche, libérée de ses créanciers et du complot terroriste, et un Iran très avancé dans le domaine nucléaire et majestueusement riche en gaz, le rapport des forces appelle à la révolution. Apparemment, l’Union européenne n’est pas prête à digérer la chose !

Un cartel gazier entre l’Algérie, la Russie et l’Iran est en voie de formation. Vladimir Poutine juge l’idée intéressante et qu’il allait y réfléchir. « L’Opep du gaz est une idée intéressante, nous allons y réfléchir« . Et d’ajouter : « Nous sommes d’accord avec les spécialistes iraniens et d’autres pays, gros producteurs et exportateurs d’hydrocarbures sur les marchés internationaux, et nous essayons déjà de coordonner nos efforts sur les marchés des pays tiers« , a-t-il affirmé.

Moscou Téhéran« Nous allons-y réfléchir« , n’est qu’une expression diplomatiquement nécessaire pour tempérer la grogne européenne. Pour en arriver là, un long chemin a été parcouru et les consommateurs sont avertis. L’Algérie après de longues discussions est arrivée à signer le mois dernier avec la Russie, un protocole d’accord pour renforcer la coopération des deux pays dans le domaine énergétique. D’autres accords sont en vue avec l’Iran avec qui les discussions ont été fructueuses. Le récent déplacement en Algérie du ministre russe de l’Industrie et de l’Énergie, Viktor Khristenko, n’a pas manqué de susciter de graves préoccupations en Occident. La réaction de l’Union européenne a été brutale et les autorités européennes multiplient les déclarations hostiles à ce sujet. Le commissaire européen à l’énergie, Andris Piebalgs, a demandé à Alger et Moscou d’expliquer leurs « intentions » et s’interroge sur les conséquences de cette jeune entreprise pour les consommateurs européens. À rappeler que la Russie et l’Algérie sont les principaux fournisseurs de gaz de l’Union européenne. La Russie qui produit 20% du gaz mondial, en possède près de 30% des réserves mondiales, est suivie par l’Iran et par l’Algérie, troisième producteur dans le monde. La Russie et l’Algérie contrôlent plus de 40% de la consommation de l’Europe. Il y a de quoi s’alarmer !

Pour les donneurs de leçons de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), « une Opep du gaz serait contre-productive pour les pays producteurs« , comme s’ils avaient pitié de nous ! Leur explication est plutôt enfantine. Cette organisation si elle est formée, « elle se traduirait par une réduction de la consommation et une substitution par d’autres énergies« , ont-ils affirmé. N’est-ce pas une bonne chose de réduire la consommation après avoir augmenté les prix bien sûr ? Les peuples producteurs n’en seront pas gênés, en tout cas ! Ce ne sera qu’une petite justice rendue. Tout de même, il est de l’intérêt des producteurs d’assurer la sécurité énergétique des consommateurs.

Algérie RussiePour l’Algérie, la Russie et l’Iran, second producteur du gaz, cette sécurité en est une pour leurs économies en plein essor. Le mémorandum algéro-russe ne doit pas être une source de problèmes pour la région. D’autant plus que les deux pays ont fixé les résultats accomplis et les perspectives de la coopération bilatérale dans l’énergie et le génie minier. Les accords signés portent sur l’exploitation de gisements d’hydrocarbures et la coopération dans le domaine de l’électricité. À noter que nos deux pays disposent d’un réseau de gazoducs et de transports maritimes reliant toute l’Europe. L’Algérie ravitaille le côté sud de l’Europe à raison de 10 à 15%, et la Russie s’occupe du nord avec 20 à 25%. Ce qui intéresse de plus les Russes, c’est l’investissement à long terme, notamment chez les voisins d’Alger, dont la Mauritanie et le Mali où Sonatrach est déjà opérationnel.

Ceci explique les préoccupations des Européens qui en plus de leurs craintes du monopole gazier, ils ont à céder une grande partie de leurs rentes qui provenaient de leurs positions d’investisseurs directs. « Si, naguère, les pays consommateurs contrôlaient, la production d’hydrocarbures à l’étranger à l’aide de leurs compagnies, celles-ci se voient, de plus en plus activement, évincer non seulement par des monopoles locaux, mais aussi par des concurrents chinois, indiens, vénézuéliens, Indonésiens et Russes. » Pour les Américains aussi, cette évolution des choses menace la stratégie commune euro-américaine. C’est pourquoi on peut affirmer qu’une guerre économique est en train de se préparer pour saborder les efforts fournis jusqu’à présent pour réaliser ce cartel tant attendu. Nous comptons sur la bonne volonté d’Alger, de Moscou et de Téhéran pour parvenir à un accord en avril prochain à Qatar, d’autant que toutes les chances sont de leurs côtés. D’ici là, beaucoup de choses sont appelées à évoluer dangereusement, notamment des attaques contre l’Iran !

Laïd DOUANE

Source : Alger/Téhéran/Moscou : alliance gazière?

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